Les risques psychosociaux ne sont pas une affaire de personnalités, mais d’organisation. Le référentiel scientifique de référence, issu du rapport Gollac et repris par l’INRS, les classe en six familles de facteurs de risques psychosociaux. Toutes décrivent des caractéristiques du travail, pas des caractéristiques des personnes.
C’est ce déplacement qui rend l’évaluation possible. On ne mesure pas la fragilité de quelqu’un : on mesure une charge, une marge de manœuvre, un soutien, une clarté de rôle. Voici les six familles, ce qu’on regarde dans chacune, et comment les traduire en questions exploitables.
L’essentiel en 30 secondes
- Six familles : intensité du travail, exigences émotionnelles, autonomie, rapports sociaux, conflits de valeurs, insécurité.
- Elles décrivent le travail, jamais les personnes.
- Les RPS sont des risques professionnels : ils relèvent du document unique comme les autres.
- Une ligne « prévenir les RPS » dans le DUERP ne vaut rien : il faut les six familles.
- Les effets documentés vont bien au-delà du moral : TMS, troubles cardiovasculaires, accidents.
Pourquoi six familles plutôt qu’une liste de symptômes
Parler de « stress » ne mène nulle part : le mot décrit une réaction, pas une cause, et il renvoie la responsabilité vers celui qui la ressent. Le classement en six familles fait l’inverse : il nomme des caractéristiques de l’organisation du travail sur lesquelles un employeur peut agir.
C’est aussi ce qui rend l’exercice défendable. Une évaluation qui pointe des personnes est ingérable juridiquement et socialement. Une évaluation qui pointe une charge mal répartie ou un manque d’autonomie ouvre une discussion.

Les six familles de facteurs de risques psychosociaux
1. Intensité et temps de travail
La quantité de travail, les délais, les objectifs, les interruptions, les horaires atypiques. On y regarde : le travail est-il faisable dans le temps imparti ? Les objectifs sont-ils atteignables ? Combien d’interruptions par heure ? Le travail de nuit, en équipes successives ou le week-end en fait partie.
2. Exigences émotionnelles
Le contact avec le public, la confrontation à la souffrance, l’obligation de masquer ses émotions. Très présent dans le soin, le commerce, l’accueil, les services d’urgence. Un salarié qui doit sourire à un client agressif fournit un travail émotionnel réel, rarement reconnu comme tel.
3. Manque d’autonomie
Les marges de manœuvre, la participation aux décisions, la possibilité d’utiliser ses compétences. Un travail prescrit dans le moindre détail, sans latitude pour s’adapter aux imprévus, est un facteur de risque documenté, même quand la charge est raisonnable.
4. Rapports sociaux au travail dégradés
Le soutien des collègues et de la hiérarchie, la reconnaissance, la qualité du management, la clarté des rôles, et les violences internes. C’est la famille qui recouvre le harcèlement, mais elle est bien plus large : l’absence de reconnaissance ordinaire pèse sur beaucoup plus de monde.
5. Conflits de valeurs
Devoir faire un travail qu’on juge mal fait, inutile, ou contraire à ses convictions professionnelles. C’est la « qualité empêchée » : le salarié sait comment bien faire, mais les moyens ou les consignes l’en empêchent. Un facteur puissant, et presque toujours absent des évaluations.
6. Insécurité de la situation de travail
La peur de perdre son emploi, mais aussi l’incertitude sur l’avenir du poste, les changements non maîtrisés, les réorganisations à répétition. Une entreprise en bonne santé économique peut générer ce facteur si elle change d’organisation tous les six mois sans expliquer pourquoi.
| Famille | Question à se poser | Indice à surveiller |
|---|---|---|
| Intensité et temps | Le travail est-il faisable dans le temps donné ? | Heures supplémentaires, travail emporté chez soi |
| Exigences émotionnelles | Faut-il gérer de la détresse ou de l’agressivité ? | Incidents avec le public, turnover à l’accueil |
| Autonomie | Peut-on décider comment faire son travail ? | Procédures figées, absence de latitude |
| Rapports sociaux | Y a-t-il du soutien et de la reconnaissance ? | Signalements, arrêts courts répétés |
| Conflits de valeurs | Peut-on faire un travail dont on soit fier ? | Plaintes sur la qualité, désengagement |
| Insécurité | Sait-on de quoi demain sera fait ? | Réorganisations fréquentes, rumeurs |
Ce que les RPS produisent réellement
Le sujet est souvent traité comme une question de confort. Les travaux épidémiologiques de l’INRS établissent pourtant des liens solides entre ces expositions et :
- la santé mentale : dépression, épuisement professionnel, troubles du sommeil ;
- les troubles musculo-squelettiques : la tension psychique augmente la tension musculaire ;
- les maladies cardiovasculaires et le syndrome métabolique ;
- les accidents du travail : la fatigue et la distraction se paient sur le terrain.
C’est ce qui justifie de traiter les RPS dans le document unique, au même titre qu’une machine dangereuse. Les traiter à part, dans un plan « bien-être » déconnecté, revient à les sortir du seul dispositif qui les rende opposables.

Comment les évaluer sans se tromper
- Un questionnaire anonyme, structuré sur les six familles, pour disposer d’une mesure comparable dans le temps.
- Les indicateurs déjà là : absentéisme, turnover, arrêts longs, accidents, demandes de mobilité. Ils confirment ou contredisent le ressenti.
- Des entretiens et de l’observation, parce que les chiffres montrent où ça coince, jamais pourquoi.
- Une restitution par unité de travail, pas une moyenne d’entreprise. Une moyenne confortable peut cacher un service en difficulté.
Deux précautions comptent plus que les autres. L’anonymat d’abord : sans lui, les réponses se lissent et le diagnostic ne vaut rien. Les petits effectifs ensuite : en dessous de cinq réponses, ne publiez pas de résultat par service, le croisement de deux filtres suffit à identifier quelqu’un.
Les six familles, évaluées et suivies
Questionnaire anonyme structuré sur le référentiel de référence, restitution par unité de travail, et report automatique dans votre document unique.
Questions fréquentes
Quelles sont les six familles de facteurs de RPS ?
Intensité et temps de travail, exigences émotionnelles, manque d’autonomie, rapports sociaux au travail dégradés, conflits de valeurs, et insécurité de la situation de travail. Ce classement est issu du rapport Gollac et repris par l’INRS.
Les RPS doivent-ils figurer dans le document unique ?
Oui. Ce sont des risques professionnels au même titre que les risques physiques, et ils relèvent de l’obligation d’évaluation. Une seule ligne « prévenir les RPS » ne constitue pas une évaluation : il faut examiner les six familles par unité de travail.
Faut-il un questionnaire pour évaluer les RPS ?
Aucun texte ne l’impose, mais c’est le seul moyen d’obtenir une mesure comparable d’une année sur l’autre. Il doit être anonyme, structuré sur les six familles, et croisé avec vos indicateurs existants.
Le stress est-il un risque psychosocial ?
Le stress est une réaction, pas un facteur. Évaluer « le stress » ne dit pas sur quoi agir. Les six familles décrivent au contraire des caractéristiques du travail sur lesquelles l’employeur peut intervenir : charge, autonomie, soutien, clarté des rôles.
Le harcèlement entre-t-il dans les RPS ?
Oui, dans la famille des rapports sociaux dégradés, au titre des violences internes. Mais cette famille est bien plus large : le manque de soutien et l’absence de reconnaissance concernent beaucoup plus de salariés que les situations de harcèlement caractérisé.
Quelle taille d’entreprise est concernée ?
Toutes. L’obligation d’évaluer les risques couvre la santé physique et mentale dès le premier salarié. Le formalisme diffère selon l’effectif, pas l’obligation de fond.
Comment garantir l’anonymat sur un petit effectif ?
En ne publiant aucun résultat pour un groupe de moins de cinq réponses, et en limitant les croisements de filtres. Sur une équipe de six personnes, croiser le service et l’ancienneté suffit à identifier quelqu’un.
Qui doit mener l’évaluation ?
L’employeur en est responsable. Il peut s’appuyer sur le CSE, sur le service de prévention et de santé au travail, ou sur un intervenant extérieur. Associer le CSE dès la conception du questionnaire améliore nettement le taux de réponse.
Sources officielles
Cet article s’appuie sur les textes du Code du travail cités au fil de la page (articles L4121-1 et L4121-3) et sur les ressources publiques ci-dessous. La réglementation évolue : vérifiez toujours l’information à jour auprès de ces sites.
- INRS – Risques psychosociaux, ce qu’il faut retenir
- INRS – Évaluation des risques professionnels
- INRS – Les neuf principes généraux de prévention
- Ministère du Travail – Le document unique d’évaluation des risques
À retenir
- Six familles, qui décrivent le travail et non les personnes.
- Les conflits de valeurs sont le facteur le plus souvent oublié.
- Les RPS relèvent du document unique, pas d’un plan bien-être à côté.
- Restituer par unité de travail : la moyenne d’entreprise ment.
- Anonymat strict, et pas de résultat sous cinq réponses.
Fondateur d'Integraall, marque de Ça Des Boîtes - AURA, organisme de formation déclaré auprès de la DREETS Auvergne-Rhône-Alpes (NDA 84692686569). Il conduit lui-même les démarches DUERP, PAPRIPACT et QVCT auprès des entreprises accompagnées.
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