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Sécurité incendie au travail : ce que la loi vous impose

Exercices d'évacuation tous les six mois, consigne affichée, extincteurs adaptés : ce que le Code du travail exige vraiment, et ce qu'il n'exige pas.

Par Johann Candelier Mis à jour le 10 min de lecture

Securite incendie au travail : signalisation et moyens de secours

La réglementation de sécurité incendie au travail ne demande pas un diplôme, elle demande des exercices. L’article R4227-39 du Code du travail impose des essais et des exercices d’évacuation au moins tous les six mois, consignés dans le registre de sécurité. C’est l’obligation la plus concrète, la plus vérifiable, et celle qu’on oublie le plus.

Voici ce que la loi attend réellement de vous : les exercices, la consigne de sécurité, les extincteurs, l’alarme, et qui doit être formé à quoi. Sans confondre les règles du Code du travail, qui protègent vos salariés, avec celles des établissements recevant du public, qui protègent vos visiteurs.

L’essentiel en 30 secondes

  • Exercices d’évacuation tous les 6 mois minimum, tracés dans le registre de sécurité (R4227-39).
  • Un extincteur pour 200 m² de plancher, au minimum un par niveau (R4227-29).
  • Une consigne de sécurité incendie affichée dès 50 personnes réunies habituellement, ou en présence de matières inflammables.
  • Aucun texte n’impose de certificat : il impose que le personnel sache quoi faire, ce qui suppose de l’avoir formé.
  • Le risque incendie doit figurer dans votre document unique.

La formation à la sécurité incendie au travail est-elle obligatoire ?

L’obligation porte sur le résultat, pas sur le diplôme. Le Code du travail n’exige aucun certificat nominatif en matière d’incendie. Il exige que tout début d’incendie puisse être combattu rapidement et efficacement, et que les salariés sachent donner l’alerte, évacuer et utiliser les moyens de premier secours.

En pratique, on n’obtient pas ce résultat sans former. Un salarié qui n’a jamais tenu un extincteur ne s’en servira pas correctement sous stress, et une équipe qui n’a jamais évacué mettra trois fois plus de temps le jour où il faut le faire pour de vrai.

Deux niveaux couvrent l’essentiel des besoins :

Niveau Pour qui Ce qu’on y apprend
Sensibilisation Tout le personnel Donner l’alerte, reconnaître le signal d’alarme, évacuer, connaître les points de rassemblement
Équipier de première intervention Des salariés désignés, répartis par zone et par horaire Attaquer un départ de feu avec les moyens de proximité, choisir le bon extincteur, savoir renoncer
Guide et serre-file Un binôme par zone Conduire l’évacuation, vérifier que personne ne reste, compter au point de rassemblement

Le point le plus souvent négligé : la répartition. Avoir formé six équipiers de première intervention ne sert à rien s’ils travaillent tous dans la même équipe du matin.

Les exercices d’évacuation : tous les six mois

C’est l’obligation la plus précise du dispositif, et la première que l’on vous demandera de prouver. L’article R4227-39 prévoit des essais et visites périodiques du matériel, ainsi que des exercices au cours desquels les travailleurs apprennent à :

  • reconnaître les caractéristiques du signal sonore d’alarme générale ;
  • localiser et utiliser les espaces d’attente sécurisés ou équivalents ;
  • se servir des moyens de premier secours ;
  • exécuter les manœuvres nécessaires.

Ces exercices ont lieu au moins tous les six mois. Leur date et les observations auxquelles ils donnent lieu sont consignées sur un registre de sécurité tenu à disposition de l’inspection du travail.

Sécurité incendie au travail : panneau de sortie de secours éclairé dans un couloir d'établissement
L’exercice sert à vérifier que les issues sont dégagées et que chacun connaît son chemin, pas à cocher une case.

Un exercice utile n’est pas un exercice réussi. S’il se passe parfaitement, c’est souvent qu’il était annoncé, qu’il a eu lieu un mardi à 10 h et que personne n’était en réunion. Faites-en varier les conditions : horaire décalé, issue principale condamnée, absence d’un guide. Et surtout, écrivez ce qui a coincé : c’est cette observation qui a de la valeur, pas la case cochée.

La consigne de sécurité incendie

Elle est obligatoire dans les établissements où sont habituellement réunies plus de 50 personnes, ainsi que dans ceux où sont manipulées ou stockées des matières inflammables, quel que soit l’effectif.

Elle indique notamment :

  • le matériel d’extinction et de secours qui se trouve dans le local ou à proximité ;
  • les personnes chargées de le mettre en œuvre ;
  • pour chaque local, les personnes chargées de diriger l’évacuation ;
  • les mesures spécifiques liées à la présence de handicap ;
  • les numéros d’appel des secours et le devoir d’alerter.

Elle est affichée de manière visible. Une consigne qui date d’avant le dernier déménagement, ou qui nomme des salariés partis depuis deux ans, ne vaut rien.

Les extincteurs : combien, où, et à quelle fréquence les vérifier

Au moins un extincteur portatif à eau pulvérisée de 6 litres minimum pour 200 m² de plancher, et au moins un appareil par niveau (article R4227-29). Les risques particuliers, comme les armoires électriques ou les liquides inflammables, appellent en plus des extincteurs adaptés à leur classe de feu.

Classe de feu Ce qui brûle Agent adapté
A Solides : bois, papier, textile Eau, eau pulvérisée avec additif
B Liquides : solvants, hydrocarbures, peintures Mousse, poudre, CO₂
C Gaz : butane, propane Poudre, après coupure de l’alimentation
D Métaux : magnésium, sodium Poudre spéciale, jamais d’eau
F Huiles et graisses de cuisson Extincteur classe F, jamais d’eau

Les appareils doivent être maintenus en bon état de fonctionnement. Le Code du travail ne fixe pas de périodicité chiffrée, mais la vérification annuelle par un professionnel est la pratique de référence, exigée par la quasi-totalité des assureurs. Gardez les rapports : c’est votre preuve de maintien en état.

Code du travail ou ERP ? Ne mélangez pas les deux

C’est la confusion la plus fréquente, et elle coûte cher dans les deux sens : soit on applique des règles qui ne nous concernent pas, soit on en ignore qui s’imposent.

Code du travail Réglementation ERP
Protège Les salariés Le public accueilli
S’applique à Tout lieu de travail Établissements recevant du public, par type et catégorie
Exercices Au moins tous les 6 mois Selon le type et la catégorie
Contrôle Inspection du travail Commission de sécurité

Un magasin, un restaurant ou un cabinet médical relèvent des deux à la fois : du Code du travail pour leurs salariés, de la réglementation ERP pour leurs clients. Les obligations s’additionnent, elles ne se remplacent pas.

Responsable sécurité expliquant les consignes à une équipe en entrepôt
Guides et serre-files doivent être désignés par zone et par horaire, y compris sur les équipes de nuit.

Le risque incendie dans votre document unique

L’incendie est un risque professionnel comme un autre : il doit être évalué par unité de travail dans le DUERP, avec ses sources d’inflammation, ses matières combustibles et les mesures en place. Une ligne « risque incendie » sans plus ne suffit pas.

Et les mesures qui en découlent alimentent votre plan d’actions : formation des équipiers, remplacement d’un extincteur inadapté, dégagement d’une issue, remise à jour de la consigne. Dès 50 salariés, elles rejoignent le PAPRIPACT ; en dessous, elles sont consignées dans la mise à jour du DUERP.

Trois minutes. C’est le temps qu’il faut à un départ de feu pour devenir incontrôlable. Après, ce ne sont plus vos extincteurs qui décident, ce sont les pompiers.

Les erreurs qui reviennent le plus

Erreur Ce qu’il faut à la place
Un exercice par an, « parce qu’on est petits » Deux par an minimum, quel que soit l’effectif
Aucune trace écrite de l’exercice Date et observations au registre de sécurité
Des équipiers formés tous dans la même équipe Une répartition par zone et par horaire, y compris la nuit
Une consigne affichée jamais relue Une consigne revue à chaque départ, arrivée ou déménagement
Des extincteurs comptés, mais pas adaptés aux classes de feu Un appareil adapté au risque réel de chaque local
Une issue de secours encombrée « juste pour aujourd’hui » Un dégagement permanent, contrôlé lors des visites périodiques
Le risque incendie absent du DUERP Une évaluation par unité de travail, avec ses mesures

Vos équipes savent-elles vraiment quoi faire ?

Sensibilisation, équipiers de première intervention, guides et serre-files : sur site, avec exercice pratique et attestation pour votre registre.

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Questions fréquentes

La formation incendie est-elle obligatoire pour tous les salariés ?

Le Code du travail n’impose pas de certificat nominatif, mais il impose que tout début d’incendie puisse être combattu rapidement et que les salariés sachent alerter et évacuer. Les exercices semestriels de l’article R4227-39 concernent l’ensemble du personnel. En pratique, cela revient à former tout le monde à l’évacuation, et une partie des équipes à l’extinction.

À quelle fréquence faut-il faire un exercice d’évacuation ?

Au moins tous les six mois, soit deux fois par an. La date et les observations doivent être consignées dans le registre de sécurité. Cette fréquence ne dépend pas de l’effectif de l’entreprise.

Combien d’extincteurs faut-il ?

Au moins un extincteur portatif à eau pulvérisée de 6 litres minimum pour 200 m² de plancher, et au moins un appareil par niveau. Les risques particuliers (électricité, liquides inflammables, friteuses) nécessitent en plus des extincteurs adaptés à leur classe de feu.

Faut-il faire vérifier les extincteurs chaque année ?

Le Code du travail impose qu’ils soient maintenus en bon état de fonctionnement sans fixer de périodicité chiffrée. La vérification annuelle par un professionnel est la pratique de référence et la quasi-totalité des contrats d’assurance l’exigent. Conservez les rapports de visite.

Qu’est-ce qu’un équipier de première intervention ?

Un salarié désigné et formé pour attaquer un départ de feu avec les moyens de proximité, avant l’arrivée des secours. Il apprend aussi à identifier les situations où il ne faut pas intervenir. L’essentiel est qu’il y en ait dans chaque zone et sur chaque horaire de travail.

Qui doit rédiger la consigne de sécurité incendie ?

L’employeur. Elle est obligatoire dans les établissements où plus de 50 personnes sont habituellement réunies, et dans ceux qui manipulent ou stockent des matières inflammables quel que soit l’effectif. Elle doit être affichée et tenue à jour à chaque changement d’organisation ou de personnel désigné.

Mon entreprise reçoit du public : quelles règles s’appliquent ?

Les deux. Le Code du travail protège vos salariés, la réglementation ERP protège le public accueilli. Les obligations s’additionnent : exercices et consigne au titre du travail, et prescriptions de la commission de sécurité selon le type et la catégorie de votre établissement.

Que doit contenir le registre de sécurité ?

La date des exercices et essais périodiques, les observations qu’ils ont suscitées, ainsi que les vérifications des installations et matériels de sécurité. C’est le document que l’inspection du travail consulte en premier : sans trace écrite, un exercice réalisé n’existe pas.

Sources officielles

Cet article s’appuie sur les textes du Code du travail cités au fil de la page (articles L4121-1, R4227-28 et suivants, notamment R4227-29, R4227-37 et R4227-39) et sur les ressources publiques ci-dessous. La réglementation évolue : vérifiez toujours l’information à jour auprès de ces sites.

À retenir

  • Deux exercices d’évacuation par an minimum, tracés au registre de sécurité.
  • Un extincteur pour 200 m², au minimum un par niveau, adapté aux classes de feu présentes.
  • Une consigne affichée et à jour dès 50 personnes ou en présence de matières inflammables.
  • Aucun certificat imposé, mais une obligation de résultat : vos équipes doivent savoir faire.
  • Si vous recevez du public, les deux réglementations s’additionnent.
Johann Candelier

Fondateur d'Integraall, marque de Ça Des Boîtes - AURA, organisme de formation déclaré auprès de la DREETS Auvergne-Rhône-Alpes (NDA 84692686569). Il conduit lui-même les démarches DUERP, PAPRIPACT et QVCT auprès des entreprises accompagnées.

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