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Formation renforcée à la sécurité : ce qu’elle impose

C'est l'une des rares obligations assorties d'une présomption de faute inexcusable. Qui doit quoi, dans un dispositif à trois parties où chacun croit que c'est l'autre.

Par Johann Candelier Publié le 7 min de lecture

Formation renforcée à la sécurité : accueil d'un intérimaire sur site

La formation renforcée à la sécurité est l’une des rares obligations du Code du travail assorties d’une présomption de faute inexcusable. Si un intérimaire ou un salarié en contrat à durée déterminée est victime d’un accident sur un poste à risques particuliers sans l’avoir reçue, la faute inexcusable de l’employeur est présumée établie.

Cela veut dire que ce n’est pas à la victime de démontrer quoi que ce soit. Voici qui doit quoi, dans un dispositif à trois parties où chacun croit que c’est l’autre qui s’en occupe.

L’essentiel en 30 secondes

  • Présomption de faute inexcusable en cas d’accident sans formation renforcée.
  • Elle vise les CDD et intérimaires affectés à des postes à risques particuliers.
  • La liste de ces postes est établie par l’entreprise utilisatrice. Sans elle, rien ne tient.
  • L’entreprise utilisatrice est responsable des conditions d’exécution du travail.
  • Le contrat de mise à disposition doit mentionner le poste, les risques et les équipements.

Formation renforcée à la sécurité : qui est concerné

L’obligation ne vise pas tous les intérimaires ni tous les CDD. Elle vise ceux qui sont affectés à des postes de travail présentant des risques particuliers pour leur santé ou leur sécurité.

Ces salariés bénéficient alors de trois choses distinctes :

  1. Une formation renforcée à la sécurité, plus poussée que la formation d’accueil ordinaire.
  2. Un accueil adapté à leur situation.
  3. Une information adaptée sur les risques du poste.
Formation renforcée à la sécurité : consignes données sur le poste réel
C’est l’entreprise utilisatrice qui accueille, forme et équipe.

La liste des postes à risques particuliers

C’est la pièce maîtresse, et elle n’existe pas dans la majorité des entreprises. Sans liste, impossible de savoir qui doit recevoir la formation renforcée – et impossible de se défendre après un accident.

Comment l’établir :

  • Elle est dressée par l’entreprise utilisatrice, à partir de son évaluation des risques.
  • Elle est établie après avis du médecin du travail et du CSE.
  • Elle est tenue à la disposition de l’inspection du travail.
  • Elle se met à jour comme le document unique dont elle découle.

Les postes qu’on y retrouve le plus souvent : conduite d’engins, travaux en hauteur, machines dangereuses, exposition à des agents chimiques ou cancérogènes, interventions électriques, espaces confinés, travail isolé sur activité à risque.

Qui fait quoi : le partage des rôles

Sujet Entreprise de travail temporaire Entreprise utilisatrice
Conditions d’exécution du travail Responsable : santé, sécurité, durée du travail, travail de nuit
Formation renforcée À sa charge, sur le poste réel
Accueil et information Information générale Accueil sur site, risques du poste, consignes
Équipements de protection Certains équipements par accord Fournit les EPI nécessaires au poste
Suivi médical Organise le suivi individuel Informe des risques et des postes concernés
Contrat de mise à disposition Le rédige avec l’entreprise utilisatrice Fournit les caractéristiques du poste et les risques

La colonne de droite est plus chargée que ce que beaucoup d’entreprises utilisatrices imaginent. Le raccourci « c’est l’agence qui s’en occupe » est faux sur l’essentiel : c’est vous qui accueillez, formez et équipez pour le poste.

Ce que doit contenir le contrat de mise à disposition

Le contrat conclu entre l’entreprise de travail temporaire et l’entreprise utilisatrice mentionne notamment :

  • Les caractéristiques particulières du poste à pourvoir et la qualification exigée.
  • Le fait que le poste figure ou non sur la liste des postes à risques particuliers.
  • La nature des équipements de protection individuelle que le salarié doit utiliser, en précisant le cas échéant ceux fournis par l’entreprise de travail temporaire.
  • Le lieu de la mission et l’horaire.

Une mention absente ou fausse sur ce contrat vous suivra longtemps en cas de contentieux.

Ce que la formation renforcée doit couvrir

  1. Les risques spécifiques du poste, tels qu’ils figurent dans votre document unique.
  2. Les modes opératoires et les gestes les plus sûrs, montrés sur place.
  3. Le fonctionnement des protections et les raisons de leur emploi.
  4. La conduite à tenir en cas d’accident ou de sinistre : alerte, secours, évacuation.
  5. Les équipements de protection, avec entraînement au port. Voir les obligations sur les EPI.

Comme pour tout accueil sécurité, la trace fait foi : date, durée, contenu couvert, nom du formateur, émargement. Et si vous la dispensez en interne, elle se déclare au passeport de prévention.

Pourquoi c’est le sujet le plus rentable

Les nouveaux arrivants et les travailleurs temporaires concentrent une part d’accidents très supérieure à leur poids dans les effectifs. La raison est simple : ils découvrent les lieux, les machines et les habitudes en même temps, souvent en période de forte activité, et n’osent pas toujours poser une question.

Une demi-journée d’accueil bien faite sur un poste à risques particuliers coûte moins cher que n’importe quelle autre mesure de prévention, et c’est celle dont l’absence se paie le plus cher.

Savoir quels postes sont à risques, et qui a été formé

Liste des postes construite depuis votre document unique, contenus d’accueil par poste, traces datées et échéances suivies.

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Questions fréquentes

Qu’est-ce que la formation renforcée à la sécurité ?

Une obligation visant les salariés en contrat à durée déterminée et les travailleurs temporaires affectés à des postes présentant des risques particuliers. Elle s’ajoute à un accueil et à une information adaptés, et va au-delà de la formation d’accueil ordinaire.

Qui doit la dispenser ?

L’entreprise utilisatrice. C’est elle qui est responsable des conditions d’exécution du travail, qui connaît le poste réel et ses risques, et qui accueille le salarié sur site.

Qu’est-ce que la présomption de faute inexcusable ?

En cas d’accident du travail survenu à un salarié en CDD ou intérimaire affecté à un poste à risques particuliers sans avoir reçu la formation renforcée, la faute inexcusable de l’employeur est présumée établie. La charge de la preuve s’en trouve inversée.

Qui établit la liste des postes à risques particuliers ?

L’entreprise utilisatrice, à partir de son évaluation des risques, après avis du médecin du travail et du CSE. Elle est tenue à la disposition de l’inspection du travail et se met à jour comme le document unique.

Qui fournit les équipements de protection ?

L’entreprise utilisatrice fournit les EPI nécessaires au poste. Certains équipements peuvent être fournis par l’entreprise de travail temporaire lorsque le contrat le prévoit, ce qui doit alors être mentionné.

Qui organise le suivi médical ?

L’entreprise de travail temporaire organise le suivi individuel de l’état de santé. L’entreprise utilisatrice, elle, informe des risques et signale les postes qui relèvent d’un suivi renforcé.

Que doit mentionner le contrat de mise à disposition ?

Notamment les caractéristiques particulières du poste, la qualification exigée, le fait qu’il figure ou non sur la liste des postes à risques particuliers, les équipements de protection à utiliser, le lieu et l’horaire de la mission.

Cela s’applique-t-il aussi aux CDD ?

Oui. Le texte vise les salariés titulaires d’un contrat à durée déterminée au même titre que les travailleurs temporaires, dès lors qu’ils sont affectés à des postes présentant des risques particuliers.

Sources officielles

Cet article s’appuie sur les textes du Code du travail cités au fil de la page (articles L4154-2 et L4154-3 pour la formation renforcée et la présomption, L1251-21 à L1251-23 pour la répartition des responsabilités, L4141-1 et suivants pour la formation à la sécurité) et sur les ressources publiques ci-dessous. La réglementation évolue : vérifiez toujours l’information à jour.

À retenir

  • Présomption de faute inexcusable : la charge de la preuve s’inverse.
  • La liste des postes à risques est la pièce maîtresse, et elle manque souvent.
  • C’est l’entreprise utilisatrice qui accueille, forme et équipe.
  • Le contrat de mise à disposition doit mentionner poste, risques et EPI.
  • Une demi-journée d’accueil est la mesure de prévention la plus rentable du sujet.
Johann Candelier

Fondateur d'Integraall, marque de Ça Des Boîtes - AURA, organisme de formation déclaré auprès de la DREETS Auvergne-Rhône-Alpes (NDA 84692686569). Il conduit lui-même les démarches DUERP, PAPRIPACT et QVCT auprès des entreprises accompagnées.

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