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EPI : les six obligations de l’employeur

Fournir ne suffit pas. Choisir, fournir gratuitement, former, vérifier, entretenir, remplacer : six obligations, et une question préalable que le contrôleur pose en premier.

Par Johann Candelier Publié le 7 min de lecture

EPI : casque, gants et lunettes de protection sur un poste de travail

Fournir des EPI ne suffit pas, et c’est là que la plupart des entreprises tombent. Le Code du travail impose de les choisir, de les fournir gratuitement, de former à leur port, d’en vérifier certains périodiquement, de les entretenir et de les remplacer. Six obligations, pas une.

Et avant tout cela, une question que le contrôleur posera en premier : pourquoi un équipement individuel plutôt qu’une protection collective ?

L’essentiel en 30 secondes

  • Protection collective d’abord : l’EPI est le dernier recours, pas le premier réflexe.
  • Gratuits : aucune charge financière ne peut peser sur le salarié.
  • Personnels, sauf exception, avec nettoyage et désinfection organisés.
  • Formation et entraînement au port obligatoires, pas seulement une remise.
  • Certains EPI font l’objet de vérifications périodiques tracées.

EPI : la question préalable

Le huitième principe général de prévention impose de prendre les mesures de protection collective en leur donnant la priorité sur les mesures de protection individuelle. Cela veut dire que l’EPI intervient :

  • quand le risque ne peut pas être supprimé ;
  • quand la protection collective est impossible ou insuffisante ;
  • en complément, pour le risque résiduel.

Un harnais inscrit au document unique là où un garde-corps était possible est un signal immédiat pour un contrôleur. Ce n’est pas la protection qui est en cause, c’est l’ordre dans lequel on a raisonné.

EPI : opérateur équipé sur un poste industriel
Un EPI inconfortable ne sera pas porté : c’est un fait, pas une excuse.

Les six obligations, dans l’ordre

Obligation Ce que cela implique
1. Choisir Un EPI adapté au risque évalué, marqué CE, avec notice d’instructions en français, et compatible avec les autres équipements portés
2. Fournir gratuitement Aucune charge financière pour le salarié, y compris pour le remplacement en cas d’usure normale
3. Attribuer personnellement Usage personnel, sauf lorsque la nature de l’équipement le permet : dans ce cas, nettoyage et désinfection organisés
4. Former et entraîner Une formation adéquate, avec entraînement au port pour les équipements qui l’exigent
5. Vérifier Vérifications périodiques pour les EPI listés par arrêté, avec trace au registre de sécurité
6. Entretenir et remplacer Maintien en état de conformité, remplacement dès que l’équipement ne remplit plus sa fonction

La quatrième est celle qui manque le plus. Remettre un masque à cartouche sans montrer comment on l’ajuste, comment on vérifie son étanchéité et quand on change la cartouche revient à distribuer un objet, pas une protection.

Les vérifications périodiques que personne ne trace

Certains EPI doivent faire l’objet de vérifications générales périodiques par une personne qualifiée. Les plus courants :

  • les systèmes d’arrêt de chute et leurs composants ;
  • les appareils de protection respiratoire, notamment autonomes ;
  • les gilets de sauvetage gonflables ;
  • les stocks de cartouches filtrantes anti-gaz.

La trace se consigne avec le reste : voir les registres obligatoires. Sans trace, la vérification n’a pas eu lieu.

Le port, et ce qu’on peut exiger

  1. Le port peut être imposé dès lors qu’il découle de l’évaluation des risques et qu’il figure dans une consigne écrite.
  2. Le refus est une faute, mais avant de sanctionner, vérifiez trois choses : l’équipement est-il adapté, disponible, et la personne a-t-elle été formée ?
  3. Un EPI inconfortable ne sera pas porté. C’est un fait, pas une excuse : associer les utilisateurs au choix est la mesure la plus rentable du sujet.
  4. Les visiteurs et les entreprises extérieures relèvent de vos consignes de site. Voir le plan de prévention.

Le cas des vêtements de travail

Ne confondez pas deux choses différentes :

  • Le vêtement de travail simple, imposé pour des raisons d’image ou d’hygiène, relève de règles distinctes : quand l’employeur en impose le port, son entretien lui incombe généralement.
  • Le vêtement de protection (haute visibilité, anti-coupure, contre les projections, ignifugé) est un EPI : gratuité, formation, entretien et remplacement s’appliquent pleinement.

La distinction se fait sur la fonction, pas sur l’apparence. Un gilet haute visibilité est un EPI, même s’il porte votre logo.

Ce que le contrôle regarde

  • Le lien avec le document unique : quel risque évalué justifie quel équipement, sur quelle unité de travail.
  • La consigne écrite de port, affichée ou remise.
  • La trace de la formation, avec émargement. Elle se déclare au passeport de prévention lorsqu’elle est dispensée en interne.
  • Les vérifications périodiques effectuées et consignées.
  • L’état réel des équipements sur le terrain, qui en dit plus long que n’importe quel classeur.

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Questions fréquentes

Les EPI sont-ils à la charge de l’employeur ?

Oui, entièrement. Les mesures relatives à la santé et à la sécurité ne doivent entraîner aucune charge financière pour les travailleurs. Cela vaut aussi pour le remplacement en cas d’usure normale.

Peut-on imposer le port d’un EPI ?

Oui, dès lors qu’il découle de l’évaluation des risques et qu’une consigne écrite existe. Le refus constitue une faute, mais vérifiez d’abord que l’équipement est adapté, disponible et que la personne a été formée.

Une simple remise d’équipement suffit-elle ?

Non. Le Code impose une formation adéquate, avec entraînement au port pour les équipements qui l’exigent. Remettre un masque sans montrer comment l’ajuster et quand changer la cartouche ne remplit pas l’obligation.

Quels EPI doivent être vérifiés périodiquement ?

Ceux qui figurent sur la liste fixée par arrêté, notamment les systèmes d’arrêt de chute, les appareils de protection respiratoire, les gilets de sauvetage gonflables et les stocks de cartouches filtrantes. La vérification se trace avec le registre de sécurité.

Un EPI peut-il être partagé ?

Les EPI sont en principe à usage personnel. Lorsque la nature de l’équipement et les circonstances permettent un usage partagé, l’employeur doit organiser le nettoyage et la désinfection entre deux utilisateurs.

Un vêtement de travail est-il un EPI ?

Cela dépend de sa fonction. Un vêtement imposé pour l’image ou l’hygiène relève de règles distinctes. Un vêtement de protection – haute visibilité, anti-coupure, ignifugé – est un EPI, avec toutes les obligations associées.

Que faire si un salarié trouve l’équipement inconfortable ?

Le prendre au sérieux. Un EPI inconfortable ne sera pas porté, et le risque restera entier. Associer les utilisateurs au choix, tester plusieurs modèles et vérifier la compatibilité entre équipements est la mesure la plus rentable du sujet.

Faut-il en fournir aux intérimaires et aux visiteurs ?

Les intérimaires bénéficient des mêmes protections que vos salariés sur les postes concernés. Les visiteurs et les entreprises extérieures relèvent de vos consignes de site, précisées lors de l’inspection commune préalable.

Sources officielles

Cet article s’appuie sur les textes du Code du travail cités au fil de la page (articles L4121-2 pour les principes généraux, L4122-2 pour la gratuité, R4321-4 et suivants, R4323-91 à R4323-106 pour l’utilisation des EPI) et sur les ressources publiques ci-dessous. La réglementation évolue : vérifiez toujours l’information à jour.

À retenir

  • Collectif avant individuel : c’est la première question posée en contrôle.
  • Gratuité totale, remplacement compris.
  • Former et entraîner, pas seulement remettre.
  • Vérifications périodiques tracées pour les EPI listés.
  • Un EPI inconfortable ne sera pas porté : associer les utilisateurs au choix.
Johann Candelier

Fondateur d'Integraall, marque de Ça Des Boîtes - AURA, organisme de formation déclaré auprès de la DREETS Auvergne-Rhône-Alpes (NDA 84692686569). Il conduit lui-même les démarches DUERP, PAPRIPACT et QVCT auprès des entreprises accompagnées.

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