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Risque routier professionnel : les quatre leviers

Première cause de décès au travail, et le risque que les entreprises évaluent le moins. Le véhicule est pourtant un lieu de travail comme un autre.

Par Johann Candelier Publié le 6 min de lecture

Risque routier professionnel : conducteur en tournée de livraison

Le risque routier professionnel est la première cause de décès au travail en France, et c’est aussi celui que les entreprises évaluent le moins. Un salarié qui prend le volant sort du périmètre visible de l’employeur, et la plupart des documents uniques s’arrêtent au parking.

Pourtant, le véhicule est un lieu de travail comme un autre. Voici les quatre leviers sur lesquels une entreprise peut réellement agir, et la règle sur le téléphone que presque tout le monde applique de travers.

L’essentiel en 30 secondes

  • Première cause de décès au travail, tous secteurs confondus.
  • Le véhicule est un lieu de travail : l’obligation de sécurité s’y applique.
  • Quatre leviers : déplacements, véhicule, communications, compétences.
  • L’oreillette est interdite, pas seulement le téléphone en main.
  • Le premier levier est le plus efficace : supprimer le déplacement.

Risque routier professionnel : mission et trajet

Accident de mission Accident de trajet
Quand Pendant un déplacement pour le compte de l’employeur Entre le domicile et le lieu de travail, ou le lieu de restauration
Qualification Accident du travail Accident de trajet, pris en charge au titre des risques professionnels
Marge d’action Forte : organisation, véhicule, planning Réelle : horaires, fatigue, stationnement, télétravail

La distinction compte pour le régime juridique, mais pas pour la prévention : dans les deux cas, l’organisation du travail pèse sur le risque. Un planning qui impose d’enchaîner cinq rendez-vous dans trois villes agit sur la mission ; une série de nuits qui se termine à 6 h agit sur le trajet. Voir sommeil et vigilance au travail.

Risque routier professionnel : téléphone au volant, distraction au poste de conduite
Le kit mains libres ne supprime pas le risque : c’est l’attention qui est captée.

Les quatre leviers, dans l’ordre d’efficacité

1. Les déplacements

C’est le seul levier qui supprime le risque au lieu de le réduire, et il est presque toujours sous-exploité :

  • Le déplacement est-il nécessaire ? Visioconférence, regroupement de rendez-vous, tournée optimisée.
  • Le planning est-il tenable ? Un rendez-vous calé sans marge oblige à rouler vite. C’est une décision d’organisation, pas un comportement individuel.
  • Le mode est-il le bon ? Train plutôt que voiture sur les longues distances, quand c’est possible.
  • La nuit et le retour tardif sont-ils évitables ? Une nuit d’hôtel coûte moins cher qu’un accident.

2. Le véhicule

  • Entretien tracé : révisions, pneumatiques, freins, éclairage. La trace vaut autant que l’entretien lui-même.
  • Chargement : séparation habitacle et zone de charge, arrimage. Un objet libre dans un habitacle devient un projectile.
  • Équipements d’aide à la conduite, quand le renouvellement du parc le permet.
  • Véhicule personnel utilisé pour le travail : vous ne pouvez pas l’entretenir, mais vous pouvez exiger une attestation d’assurance couvrant l’usage professionnel et un contrôle technique à jour.

3. Les communications

Téléphoner au volant multiplie le risque d’accident, et le kit mains libres ne le supprime pas : c’est l’attention qui est captée, pas la main.

La règle exacte est plus large qu’on ne le croit : le Code de la route interdit l’usage du téléphone tenu en main, et aussi le port à l’oreille de tout dispositif susceptible d’émettre du son – oreillette, écouteurs, casque. Seul un système intégré au véhicule reste autorisé, ce qui ne le rend pas sûr pour autant.

Le protocole qui fonctionne :

  1. L’entreprise n’attend aucune réponse pendant la conduite. Écrit, diffusé, et appliqué par l’encadrement en premier.
  2. Les appels se rappellent à l’arrêt. Une messagerie vocale n’est pas un problème d’organisation.
  3. Aucun objectif ne suppose de répondre en roulant. Si c’est le cas, c’est l’objectif qu’il faut revoir.

4. Les compétences

Formation à la conduite en sécurité pour les conducteurs réguliers, sensibilisation aux distracteurs, et rappel des effets des traitements médicamenteux et de la fatigue. Ces formations se déclarent au passeport de prévention quand vous les dispensez en interne.

Ce qu’un contrôle regarde

  • Le risque routier figure dans le document unique, par unité de travail, avec les kilomètres réellement parcourus.
  • Un protocole de communication écrit existe et a été diffusé.
  • L’entretien du parc est tracé.
  • Les accidents et presque-accidents sont analysés, pas seulement déclarés.
  • Les mesures figurent au programme annuel de prévention à partir de 50 salariés.

Le risque le plus mortel, et le moins évalué

Évaluation par unité de travail avec les kilomètres réels, protocole de communication, entretien tracé et plan d’actions daté.

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Questions fréquentes

Le risque routier doit-il figurer dans le DUERP ?

Oui. Le véhicule est un lieu de travail et les déplacements professionnels sont une exposition à évaluer, par unité de travail, avec les kilomètres réellement parcourus et les conditions de conduite.

Un accident sur le trajet domicile-travail engage-t-il l’employeur ?

L’accident de trajet est pris en charge au titre des risques professionnels, avec un régime distinct de l’accident du travail. L’employeur n’en maîtrise pas tout, mais il agit sur les horaires, la fatigue et les conditions de départ.

Le kit mains libres est-il autorisé ?

Le Code de la route interdit le téléphone tenu en main et le port à l’oreille de tout dispositif émettant du son, y compris oreillettes et écouteurs. Seul un système intégré au véhicule reste autorisé, ce qui ne le rend pas sûr : c’est l’attention qui est captée.

Peut-on appeler un salarié qui conduit ?

Rien ne l’interdit, mais une organisation qui attend une réponse immédiate pendant la conduite crée une pression dont elle porte la responsabilité. Le protocole doit dire explicitement qu’aucune réponse n’est attendue au volant.

Que faire des véhicules personnels utilisés pour le travail ?

Vous ne pouvez pas les entretenir, mais vous pouvez exiger une attestation d’assurance couvrant l’usage professionnel et un contrôle technique à jour, et prendre en compte l’état du véhicule dans l’évaluation.

Faut-il former les conducteurs ?

Pour les conducteurs réguliers, c’est une mesure de prévention pertinente : conduite en sécurité, distracteurs, effets de la fatigue et des traitements. Dispensée en interne, elle se déclare au passeport de prévention.

Le premier levier, c’est quoi ?

Supprimer le déplacement. C’est le seul qui élimine le risque au lieu de le réduire, et il est presque toujours sous-exploité : visioconférence, regroupement de rendez-vous, tournées optimisées.

Faut-il analyser les presque-accidents ?

Oui, et c’est l’un des rares gisements d’information disponibles avant l’accident grave. Un dispositif de remontée simple, sans conséquence pour celui qui signale, donne rapidement des priorités concrètes.

Sources officielles

Cet article s’appuie sur les textes cités au fil de la page (articles L4121-1 à L4121-3 du Code du travail, R412-6-1 et R412-6-2 du Code de la route, L411-1 et L411-2 du Code de la sécurité sociale) et sur les ressources publiques ci-dessous. La réglementation évolue : vérifiez toujours l’information à jour.

À retenir

  • Première cause de décès au travail, et le risque le moins évalué.
  • Supprimer le déplacement avant tout le reste.
  • L’oreillette est interdite, pas seulement le téléphone en main.
  • Un protocole de communication écrit, appliqué par l’encadrement en premier.
  • Analyser les presque-accidents, pas seulement les accidents.
Johann Candelier

Fondateur d'Integraall, marque de Ça Des Boîtes - AURA, organisme de formation déclaré auprès de la DREETS Auvergne-Rhône-Alpes (NDA 84692686569). Il conduit lui-même les démarches DUERP, PAPRIPACT et QVCT auprès des entreprises accompagnées.

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