Les registres obligatoires en entreprise sont ce que l’inspection du travail demande en premier, parce qu’ils se vérifient en trois minutes. Le registre unique du personnel, le registre de sécurité, le registre spécial des dangers graves et imminents : chacun répond à une question précise, et leur absence se constate immédiatement.
Voici lesquels tenir, ce qu’ils doivent contenir, et comment les regrouper sans se compliquer la vie.
L’essentiel en 30 secondes
- Registre unique du personnel : obligatoire dès le premier salarié.
- Registre de sécurité : la trace des vérifications périodiques, souvent introuvable.
- Registre des dangers graves et imminents : dès qu’il existe un CSE.
- Le registre des accidents bénins est facultatif, mais très utile.
- Le Code autorise le regroupement sur un support unique, y compris dématérialisé.
Registres obligatoires en entreprise : le tableau récapitulatif
| Registre | À partir de | Ce qu’il prouve |
|---|---|---|
| Registre unique du personnel | 1 salarié | Qui travaille ou a travaillé chez vous, et à quel titre |
| Registre de sécurité | Selon les équipements et locaux | Que les vérifications périodiques ont été faites |
| Registre des dangers graves et imminents | Présence d’un CSE | Que les alertes ont été consignées et traitées |
| Registre des accidents bénins | Facultatif | Les soins sans arrêt, utiles en cas d’aggravation |
| Observations et mises en demeure | 1 salarié | Les suites données aux constats de l’inspection |
Le registre unique du personnel
Obligatoire dès le premier salarié, il recense dans l’ordre des embauches toutes les personnes qui travaillent dans l’établissement, et les mentions ne s’effacent jamais : on ajoute la date de sortie, on ne supprime pas la ligne.
Pour chaque personne : nom et prénoms, nationalité, date de naissance, sexe, emploi, qualification, dates d’entrée et de sortie. Avec des mentions particulières pour :
- les salariés à temps partiel et les contrats à durée déterminée ;
- les travailleurs temporaires, avec le nom de l’entreprise de travail temporaire ;
- les stagiaires, inscrits dans une partie spécifique ;
- les travailleurs mis à disposition par une entreprise extérieure.
Il se conserve cinq ans à compter de la date de départ du salarié, et se tient par établissement.

Le registre de sécurité, celui qu’on ne trouve jamais
Ce n’est pas un document unique standardisé, mais l’endroit où sont consignés les rapports et la trace des vérifications périodiques obligatoires. C’est le plus souvent celui qui manque, ou qui existe en trois exemplaires incomplets répartis entre l’atelier, le bureau du responsable et le classeur du prestataire.
| Ce qui s’y consigne | Périodicité courante |
|---|---|
| Installations électriques | Annuelle |
| Extincteurs et moyens de secours | Annuelle |
| Systèmes de désenfumage et alarmes | Selon l’équipement |
| Appareils de levage et équipements de travail | Semestrielle ou annuelle selon l’usage |
| Portes et portails automatiques | Semestrielle |
| Exercices d’évacuation | Tous les 6 mois |
Les périodicités dépendent de l’équipement et de son usage : c’est la notice du fabricant et la réglementation applicable qui font foi. Le principe reste le même partout : une vérification non tracée n’a pas eu lieu. Voir aussi le calendrier des formations obligatoires, qui obéit à la même logique.
Le registre spécial des dangers graves et imminents
Il est ouvert dès qu’il existe un CSE, tenu sous la responsabilité de l’employeur et à la disposition des représentants du personnel. Chaque alerte d’un élu y est consignée, datée et signée, avec les postes concernés, la nature du danger et les suites données.
C’est un registre à pages numérotées, distinct de tout autre. Il fait l’objet d’un article dédié : voir danger grave et imminent, l’alerte du CSE et le registre.
Le registre des accidents bénins
Facultatif, et pourtant l’un des plus utiles. Un soin sans arrêt de travail qui n’est consigné nulle part devient impossible à rattacher au travail si la lésion s’aggrave six mois plus tard.
L’employeur peut tenir un registre des accidents du travail bénins, c’est-à-dire n’ayant entraîné ni arrêt de travail ni soins médicaux donnant lieu à une prise en charge, sous réserve d’en informer sa caisse. Chaque inscription mentionne la victime, la date, le lieu, les circonstances et la nature des lésions, avec la signature de la victime.
Attention : ce registre ne dispense pas de déclarer un accident dès lors qu’il dépasse ce cadre.
Peut-on tout regrouper ?
Oui, et c’est même prévu par le Code du travail : l’employeur peut réunir sur un support unique les informations et données issues des documents et registres qu’il doit tenir. Deux conditions pratiques :
- Chaque information reste identifiable et consultable par ceux qui y ont droit, sans leur donner accès au reste.
- La conservation est assurée : durée légale respectée, données non modifiables rétroactivement, restitution possible en cas de contrôle.
Le support dématérialisé est admis, à condition de garantir ces deux points. Une feuille de calcul partagée que tout le monde peut réécrire ne les garantit ni l’un ni l’autre.
Ce que le contrôle regarde vraiment
- Le registre unique du personnel existe et est à jour, y compris pour les intérimaires et les stagiaires.
- Les vérifications périodiques ont une trace datée et les réserves ont été levées.
- Le registre des dangers graves et imminents est ouvert, même vide.
- Les mentions ne sont ni raturées ni supprimées.
- Le lien est fait avec le document unique : un risque évalué, une vérification tracée, une action datée.
Une conformité qui se prouve, pas qui se raconte
Document unique horodaté, plan d’actions daté, échéances de vérification et de formation suivies : la trace, au moment où on vous la demande.
Questions fréquentes
Quels registres sont obligatoires dans une entreprise ?
Le registre unique du personnel dès le premier salarié, le registre où sont consignées les vérifications périodiques des installations et équipements, le registre des observations et mises en demeure de l’inspection du travail, et le registre spécial des dangers graves et imminents dès qu’il existe un CSE. Le registre des accidents bénins, lui, est facultatif.
Combien de temps conserver le registre unique du personnel ?
Cinq ans à compter de la date de départ du salarié. Les mentions ne s’effacent pas : on ajoute la date de sortie, on ne supprime jamais la ligne.
Les stagiaires et les intérimaires y figurent-ils ?
Oui. Les stagiaires sont inscrits dans une partie spécifique, et les travailleurs temporaires figurent avec le nom de l’entreprise de travail temporaire. C’est l’un des oublis les plus fréquents lors d’un contrôle.
Peut-on tenir les registres sous forme numérique ?
Oui. Le support dématérialisé est admis, à condition que chaque information reste identifiable et consultable par ceux qui y ont droit, que les données ne soient pas modifiables rétroactivement, et que la durée de conservation légale soit assurée.
Le registre des accidents bénins est-il obligatoire ?
Non, il est facultatif : l’employeur peut le tenir sous réserve d’en informer sa caisse. Il reste très utile, car il conserve la trace des soins sans arrêt, qui deviennent difficiles à rattacher au travail si la lésion s’aggrave plus tard.
Faut-il un registre par établissement ?
Oui pour le registre unique du personnel, qui se tient par établissement. Pour les vérifications périodiques, la logique est la même : la trace doit être disponible là où se trouvent les équipements concernés.
Que se passe-t-il si un registre manque ?
C’est un manquement constatable immédiatement, sanctionné par des amendes contraventionnelles. Surtout, il conduit le contrôleur à examiner de plus près le reste de la démarche : document unique, formations, vérifications.
Le document unique est-il un registre ?
Non, c’est un document distinct, avec ses propres règles : mise à jour annuelle dès 11 salariés, conservation des versions successives pendant au moins quarante ans, mise à disposition des travailleurs et du CSE. Mais il se lit avec les registres : un risque évalué appelle une vérification tracée.
Sources officielles
Cet article s’appuie sur les textes cités au fil de la page (articles L1221-13 et D1221-23 et suivants, L4711-1 à L4711-5, D4711-1, D4132-1 et suivants, R4226-14 et suivants, R4323-22 et suivants du Code du travail, article L441-4 du Code de la sécurité sociale) et sur les ressources publiques ci-dessous. La réglementation évolue : vérifiez toujours l’information à jour.
- Service-Public – Registres obligatoires d’une société
- Légifrance – Documents et affichages obligatoires (L4711-1 et suivants)
- INRS – Évaluation des risques professionnels
À retenir
- Registre unique du personnel dès le premier salarié, conservé 5 ans après le départ.
- Une vérification non tracée n’a pas eu lieu.
- Le registre des dangers graves et imminents doit être ouvert, même vide.
- Les accidents bénins méritent d’être consignés, même si c’est facultatif.
- Le regroupement sur support unique est autorisé, y compris numérique.
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