Un médiateur n’a aucun pouvoir de décision, et c’est précisément ce qui fait sa valeur. Il ne tranche pas, ne juge pas, ne recommande pas : il crée les conditions pour que deux parties trouvent elles-mêmes un accord qu’elles tiendront.
La médiation en entreprise est une ressource sous-utilisée, et régulièrement employée à contretemps. Voici ce qu’une médiation permet, ses quatre conditions de validité, et le cas particulier du harcèlement, où le droit dit quelque chose de plus subtil qu’on ne le croit.
L’essentiel en 30 secondes
- Le médiateur est neutre, impartial, indépendant et sans pouvoir de décision.
- Quatre conditions : volontariat, confidentialité, égalité, capacité à décider.
- Ce n’est ni un arbitrage, ni une enquête, ni un audit.
- Le Code prévoit une médiation en cas de harcèlement, à l’initiative des personnes.
- Elle ne dispense l’employeur d’aucune de ses obligations.
Médiation en entreprise : ce qu’elle est, et ce qu’elle n’est pas
| Dispositif | Qui décide | À quoi ça sert |
|---|---|---|
| Médiation | Les parties | Restaurer la capacité à se parler et construire un accord |
| Arbitrage | Un tiers, ou l’employeur | Trancher quand aucun accord n’est possible |
| Enquête | L’employeur | Établir des faits en cas de signalement |
| Diagnostic | Personne | Comprendre ce qui produit les tensions dans l’organisation |
Confondre ces quatre choses est l’erreur la plus fréquente et la plus coûteuse. Un employeur qui commande une médiation alors qu’il devait arbitrer renvoie aux salariés une décision qui lui appartenait ; un employeur qui commande une médiation alors qu’il devait enquêter manque à son obligation de protection.

Les quatre conditions sans lesquelles ça ne marche pas
- Le volontariat des deux parties. Une médiation imposée n’en est pas une. Chacun peut refuser, et interrompre à tout moment, sans conséquence.
- La confidentialité. Ce qui se dit en médiation n’en sort pas et ne peut pas être réutilisé ailleurs. Sans cette garantie, personne ne dira rien d’utile.
- Une égalité suffisante. Entre un salarié et son supérieur direct, le rapport de force existe : il faut l’aménager, ou renoncer.
- Une capacité réelle à décider. Si l’objet du désaccord dépend d’un arbitrage que ni l’un ni l’autre ne peut rendre, la médiation tournera à vide.
La quatrième condition est celle qu’on oublie. On met deux responsables autour d’une table pour régler un désaccord de moyens que seule la direction peut trancher, et on s’étonne que la médiation échoue.
Comment ça se déroule
- Entretiens préalables séparés : le médiateur vérifie que les quatre conditions sont réunies, et pose le cadre.
- Une à plusieurs séances communes, sur le temps de travail, dans un lieu neutre.
- Un accord écrit, rédigé par les parties elles-mêmes : qui fait quoi, à partir de quand, et comment on vérifie.
- Un point de suivi à quelques semaines. C’est lui qui distingue un accord tenu d’une bonne intention.
L’employeur est informé de l’issue et de ce qui relève de lui : il ne reçoit pas le contenu des échanges.
Le cas du harcèlement, sans raccourci
Le Code du travail prévoit qu’une procédure de médiation peut être mise en œuvre par la personne qui s’estime victime de harcèlement moral, ou par la personne mise en cause. C’est un droit ouvert à ces personnes, pas un outil à la disposition de l’employeur.
La nuance est décisive :
- Une médiation demandée par l’un des intéressés est légitime, et peut être mise en place.
- Une médiation proposée par l’employeur en réponse à un signalement ne l’est pas : elle renvoie dos à dos une personne qui alerte et une personne mise en cause, et elle ne dispense d’aucune obligation.
- Dans tous les cas, l’employeur doit protéger, enquêter et prendre les mesures nécessaires. Voir le rôle du CSE en santé au travail.
Autrement dit : la médiation peut accompagner le traitement d’une situation, elle ne peut jamais le remplacer.
Choisir un médiateur
La médiation n’est pas une profession réglementée dans le champ de l’entreprise. Quatre vérifications :
- La formation à la médiation suivie, sa durée et son contenu.
- L’indépendance : aucun lien antérieur avec l’entreprise ni avec les parties, et pas de mission de conseil en cours chez vous.
- Le respect d’un code de déontologie, avec des règles écrites sur la confidentialité et le retrait.
- L’expérience du milieu professionnel, qui n’a rien à voir avec la médiation familiale ou de voisinage.
Ce qu’elle ne réglera pas
Si les mêmes conflits reviennent dans le même service, ce n’est pas un problème de dialogue. Charge irréaliste, rôles flous, arbitrages jamais rendus : ce sont des facteurs de risques psychosociaux qui s’évaluent dans votre document unique et se corrigent par des décisions d’organisation.
Enchaîner les médiations dans une organisation qui ne change pas revient à traiter les symptômes un par un, indéfiniment.
La bonne réponse au bon problème
Diagnostic de ce qui produit les tensions, médiation quand elle est pertinente, et plan d’actions relié à votre document unique.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la médiation en entreprise ?
Un processus dans lequel un tiers neutre, impartial et indépendant, sans pouvoir de décision, aide deux parties à trouver elles-mêmes un accord. Le médiateur ne tranche pas et ne recommande pas : il crée les conditions du dialogue.
Peut-on imposer une médiation à un salarié ?
Non. Le volontariat des deux parties est une condition de validité. Chacun peut refuser d’entrer en médiation ou l’interrompre à tout moment, sans que cela lui soit reproché.
L’employeur a-t-il accès au contenu des échanges ?
Non. La confidentialité couvre ce qui se dit en séance. L’employeur est informé de l’issue et de ce qui relève de lui, pas du détail des discussions.
La médiation est-elle possible en cas de harcèlement ?
Le Code du travail prévoit qu’une procédure de médiation peut être mise en œuvre par la personne qui s’estime victime ou par la personne mise en cause. C’est un droit ouvert à ces personnes. En revanche, une médiation proposée par l’employeur en réponse à un signalement ne remplace ni la protection, ni l’enquête, ni les mesures qui s’imposent.
Combien de séances faut-il ?
Après les entretiens préalables séparés, une à trois séances communes suffisent le plus souvent. Au-delà, c’est généralement le signe que l’une des quatre conditions n’était pas réunie.
Quelle différence avec la conciliation ?
Le conciliateur peut proposer une solution ; le médiateur non. C’est la principale différence de posture, et elle change tout : en médiation, l’accord appartient aux parties, ce qui explique qu’il tienne mieux.
Un manager interne peut-il jouer ce rôle ?
Difficilement. L’indépendance et l’absence d’enjeu sont des conditions du processus. Un encadrant reste dans une relation hiérarchique et sera perçu comme partie prenante, même de bonne foi.
Est-ce finançable par l’OPCO ?
Non. Une médiation est une prestation de service, sans objectifs pédagogiques ni évaluation des acquis : elle se finance sur les fonds propres de l’entreprise. Une formation à la gestion des conflits, elle, relève du plan de développement des compétences.
Sources officielles
Cet article s’appuie sur les textes cités au fil de la page (articles L1152-1 et suivants, notamment L1152-6 sur la procédure de médiation en matière de harcèlement moral, articles L4121-1 et L4121-3 du Code du travail) et sur les ressources publiques ci-dessous. La réglementation évolue : vérifiez toujours l’information à jour.
- INRS – Harcèlements et violences internes
- INRS – Risques psychosociaux, ce qu’il faut retenir
- Ministère du Travail – Harcèlement moral et sexuel au travail
À retenir
- Le médiateur ne décide pas : ce sont les parties qui s’accordent.
- Volontariat, confidentialité, égalité, capacité à décider : les quatre conditions.
- Ce n’est ni un arbitrage ni une enquête.
- En matière de harcèlement, la médiation relève de l’initiative des personnes.
- Elle ne remplace aucune obligation de l’employeur.
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