Le travail de nuit reste, en droit, une exception. L’article L3122-1 du Code du travail ne l’autorise que s’il est justifié par la nécessité d’assurer la continuité de l’activité économique ou des services d’utilité sociale. Ce n’est pas une modalité d’organisation comme une autre : c’est une dérogation qui se justifie, se négocie et se compense.
Voici ce que la loi définit comme travail de nuit, qui est réellement « travailleur de nuit » au sens juridique, et les cinq obligations qui pèsent sur l’employeur.
L’essentiel en 30 secondes
- Est du travail de nuit tout travail entre 21 h et 6 h, sauf autre période fixée par accord.
- Est travailleur de nuit celui qui fait au moins 3 h de nuit, 2 fois par semaine, ou 270 h sur 12 mois.
- La mise en place passe par un accord collectif, ou à défaut par l’inspection du travail.
- 8 h par jour au maximum, 40 h par semaine en moyenne sur 12 semaines.
- Contreparties obligatoires en repos compensateur, et suivi médical renforcé.
Ce que la loi appelle travail de nuit
Tout travail effectué entre 21 heures et 6 heures (article L3122-2). Un accord de branche ou d’entreprise peut substituer une autre période de neuf heures consécutives, à condition qu’elle comprenne l’intervalle de minuit à 5 heures, commence au plus tôt à 21 heures et s’achève au plus tard à 7 heures.
Attention à la confusion la plus fréquente : faire du travail de nuit ne fait pas de vous un travailleur de nuit. Ce sont deux notions distinctes, et seule la seconde déclenche l’essentiel des obligations.
Qui est « travailleur de nuit » ?
L’article L3122-5 pose deux critères alternatifs. Est travailleur de nuit le salarié qui :
- accomplit, selon son horaire habituel, au moins trois heures de travail de nuit par jour, au moins deux fois par semaine ;
- ou accomplit un nombre minimal d’heures de nuit sur une période de référence : à défaut d’accord, 270 heures sur 12 mois consécutifs.
Un salarié qui termine à 22 h une fois par mois fait du travail de nuit, mais n’est pas travailleur de nuit. Un salarié en équipe 21 h – 5 h trois nuits par semaine l’est sans discussion.

Les cinq obligations de l’employeur
1. Une justification, et un accord
Le recours au travail de nuit doit être justifié par la continuité de l’activité économique ou des services d’utilité sociale. Sa mise en place suppose un accord collectif de branche ou d’entreprise. À défaut d’accord, l’employeur doit obtenir l’autorisation de l’inspection du travail, après consultation du CSE et vérification qu’une négociation loyale a échoué.
2. Des durées maximales réduites
| Limite | Travailleur de nuit | Dérogation possible |
|---|---|---|
| Durée quotidienne | 8 heures | Par accord, ou en cas de circonstances exceptionnelles |
| Durée hebdomadaire | 40 heures en moyenne sur 12 semaines consécutives | Jusqu’à 44 heures par accord, dans certains secteurs |
3. Des contreparties
Le travailleur de nuit bénéficie de contreparties sous forme de repos compensateur, et le cas échéant de compensation salariale. Le repos compensateur n’est pas optionnel : c’est la contrepartie obligatoire, la compensation financière venant éventuellement en plus, selon l’accord.
4. Un suivi médical renforcé
Le travailleur de nuit bénéficie d’un suivi individuel régulier de son état de santé. Une visite d’information et de prévention a lieu avant l’affectation au poste, puis à intervalles réguliers. Le médecin du travail peut prescrire des examens complémentaires et proposer un reclassement en cas d’inaptitude au poste de nuit.
5. Une priorité d’accès au poste de jour
Le travailleur de nuit qui souhaite occuper un poste de jour, et inversement, bénéficie d’une priorité d’attribution pour un emploi de sa catégorie professionnelle ou équivalent. L’employeur porte à sa connaissance la liste des emplois disponibles.
Le travail de nuit dans votre document unique
C’est le point que la plupart des entreprises négligent. Le travail de nuit n’est pas seulement une question de droit du travail, c’est un facteur de risque professionnel qui doit apparaître dans votre document unique, par unité de travail.
Il agit sur deux plans :
- Physiologique : perturbation du rythme circadien, dette de sommeil, effets documentés sur le métabolisme et le système cardiovasculaire. La vigilance baisse, et avec elle la sécurité des gestes.
- Psychosocial : le travail de nuit relève de la première famille des facteurs de risques psychosociaux, l’intensité et le temps de travail. Il désynchronise la vie familiale et sociale, et isole des équipes de jour.
Le travail de nuit fait par ailleurs partie des facteurs pris en compte au titre du compte professionnel de prévention. Voir nos repères sur la pénibilité.
Ce qui réduit réellement l’exposition
- Interroger le besoin. Toute activité nocturne n’est pas une nécessité de continuité. C’est la question que posera l’inspection du travail.
- Limiter les nuits consécutives et privilégier une rotation dans le sens horaire, matin puis après-midi puis nuit, mieux tolérée physiologiquement.
- Annoncer les plannings tôt. L’imprévisibilité pèse autant que l’horaire lui-même.
- Aménager le poste : éclairage, pauses, accès à un repas chaud, local de repos.
- Ne pas isoler : un salarié de nuit seul, sans possibilité d’alerter, cumule un risque d’isolement et un risque de secours.
Vos postes de nuit sont-ils évalués ?
Nous évaluons l’exposition de vos équipes de nuit, l’inscrivons dans votre document unique et en tirons un plan d’actions daté.
Questions fréquentes
Quelles heures sont considérées comme du travail de nuit ?
Tout travail effectué entre 21 heures et 6 heures. Un accord collectif peut substituer une autre période de neuf heures consécutives, comprenant obligatoirement l’intervalle de minuit à 5 heures, commençant au plus tôt à 21 heures et s’achevant au plus tard à 7 heures.
À partir de quand est-on travailleur de nuit ?
Lorsqu’on accomplit, selon son horaire habituel, au moins trois heures de travail de nuit par jour au moins deux fois par semaine, ou un nombre minimal d’heures sur une période de référence, fixé à 270 heures sur douze mois consécutifs à défaut d’accord.
Faut-il un accord pour mettre en place le travail de nuit ?
Oui, un accord de branche ou d’entreprise. À défaut, l’employeur doit obtenir l’autorisation de l’inspection du travail, après consultation du CSE et à condition d’avoir loyalement mais vainement tenté de négocier.
Quelle est la durée maximale de travail pour un travailleur de nuit ?
Huit heures par jour et quarante heures par semaine en moyenne sur douze semaines consécutives. Des dérogations existent par accord, dans certains secteurs et pour certaines circonstances.
Le travail de nuit donne-t-il droit à une majoration de salaire ?
La contrepartie obligatoire est le repos compensateur. Une compensation salariale peut s’y ajouter, mais elle dépend de l’accord collectif applicable : elle n’est pas automatique dans tous les cas.
Un salarié peut-il refuser de passer en horaire de nuit ?
Le passage d’un horaire de jour à un horaire de nuit constitue une modification du contrat de travail, que le salarié peut refuser sans que ce refus constitue une faute. Des obligations familiales impérieuses peuvent également justifier un refus.
Le travail de nuit doit-il figurer dans le DUERP ?
Oui. C’est un facteur de risque professionnel à part entière, à évaluer par unité de travail, sur ses effets physiologiques comme sur ses effets psychosociaux. Il est aussi pris en compte au titre du compte professionnel de prévention.
Les mineurs peuvent-ils travailler de nuit ?
Le travail de nuit leur est en principe interdit, avec des dérogations limitées à certains secteurs et soumises à autorisation. Les périodes protégées sont plus larges que pour les majeurs.
Sources officielles
Cet article s’appuie sur les textes du Code du travail cités au fil de la page (articles L3122-1 et suivants, L4121-1 et L4121-3) et sur les ressources publiques ci-dessous. La réglementation et les accords de branche évoluent : vérifiez toujours votre convention collective.
- INRS – Évaluation des risques professionnels
- INRS – Risques psychosociaux, ce qu’il faut retenir
- service-public.fr – Document unique d’évaluation des risques professionnels
- Ministère du Travail – Le document unique d’évaluation des risques
À retenir
- 21 h – 6 h par défaut, sauf autre période fixée par accord.
- Faire du travail de nuit ne fait pas de vous un travailleur de nuit.
- Mise en place par accord, ou autorisation de l’inspection du travail.
- Repos compensateur obligatoire, compensation salariale selon l’accord.
- À inscrire dans le document unique, sur ses deux volets.
Fondateur d'Integraall, marque de Ça Des Boîtes - AURA, organisme de formation déclaré auprès de la DREETS Auvergne-Rhône-Alpes (NDA 84692686569). Il conduit lui-même les démarches DUERP, PAPRIPACT et QVCT auprès des entreprises accompagnées.
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