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Troubles musculosquelettiques : définition et prévention

Première maladie professionnelle reconnue en France, et de loin : plus de 80 % des cas. Les troubles musculosquelettiques ne sont pourtant pas une fatalité du métier. Définition, facteurs de risque, tableaux de maladies professionnelles et prévention qui marche.

Par Johann Candelier Publié le 8 min de lecture

Troubles musculosquelettiques : un livreur porte deux cartons à bout de bras devant un entrepôt

Les troubles musculosquelettiques, ou TMS, sont la première cause de maladie professionnelle en France : plus de 80 % des maladies professionnelles reconnues, selon l’INRS. Tendinites de l’épaule, syndrome du canal carpien, lombalgies : ils touchent l’industrie comme le bureau, la logistique comme l’aide à domicile. Ils ne sont pas une fatalité. Voici ce qu’ils sont, d’où ils viennent, et ce qu’une entreprise peut faire.

L’essentiel en 30 secondes

  • Les troubles musculosquelettiques sont des affections des muscles, des tendons et des nerfs, surtout aux membres supérieurs (épaule, coude, poignet) et au dos.
  • Plus de 80 % des maladies professionnelles reconnues en France (INRS).
  • Quatre familles de facteurs : biomécaniques (répétition, effort, postures, vibrations), organisationnels (cadence, marges de manoeuvre), psychosociaux (stress, reconnaissance) et individuels.
  • Tableaux de maladies professionnelles n° 57 (affections périarticulaires), 98 (lombalgies liées aux charges lourdes), 69 et 97 (vibrations).
  • La prévention efficace agit sur le poste, l’organisation et la formation, dans cet ordre.

Troubles musculosquelettiques : définition

Un trouble musculosquelettique est une atteinte des tissus mous autour des articulations : muscles, tendons, gaines, nerfs, vaisseaux. Il se manifeste par une douleur, une gêne fonctionnelle, une perte de force, et il s’installe progressivement sous l’effet de sollicitations répétées ou excessives. Il ne s’agit pas d’un accident mais d’une usure, ce qui explique qu’il soit reconnu comme maladie professionnelle et non comme accident du travail.

Zone Troubles fréquents Gestes en cause
Épaule Tendinopathie de la coiffe des rotateurs Bras levés, travail au-dessus des épaules, port de charges
Coude Épicondylite, épitrochléite Torsion et serrage répétés, outils vibrants
Poignet et main Syndrome du canal carpien, tendinites Gestes fins répétés, souris, outils, flexion du poignet
Dos Lombalgies, hernie discale Manutention, postures penchées, vibrations corps entier
Genou Hygroma, lésions du ménisque Travail agenouillé (carreleurs, poseurs)
Troubles musculosquelettiques : un salarié à son poste de travail sur écran, siège réglable et écran séparé du clavier
Écran à hauteur des yeux, clavier séparé, siège réglable : le poste sur écran se règle avant que la nuque et l’épaule ne se plaignent.

D’où viennent les TMS : les quatre familles de facteurs

1. Les facteurs biomécaniques

La répétitivité des gestes, les efforts excessifs, les postures contraignantes (bras levés, dos penché, accroupi), le maintien d’une position, les vibrations. C’est la part la plus visible, et celle sur laquelle l’aménagement du poste agit directement.

2. Les facteurs organisationnels

La cadence imposée, l’absence de marge de manoeuvre, les pauses insuffisantes, la polyvalence mal conçue, les horaires. Un geste supportable dix fois par heure devient pathogène à cent. C’est souvent là que se joue la différence entre deux ateliers qui font le même travail.

3. Les facteurs psychosociaux

Le stress, le manque de reconnaissance, la pression des délais et le faible soutien augmentent la tension musculaire et diminuent la récupération. Les études montrent que les TMS sont plus fréquents dans les équipes où les risques psychosociaux sont élevés. C’est pourquoi les deux s’évaluent ensemble. Voir prévention des RPS.

4. Les facteurs individuels

L’âge, l’état de santé, les antécédents, la condition physique. Ils modulent le risque mais ne l’expliquent pas : quand un poste crée des TMS chez plusieurs personnes différentes, c’est le poste qu’il faut changer, pas les personnes.

Les métiers les plus touchés

  • Agroalimentaire : découpe, conditionnement, cadences et froid.
  • Logistique et transport : manutention, préparation de commandes, conduite.
  • BTP : port de charges, postures, vibrations, travail agenouillé.
  • Aide à domicile et soins : manutention de personnes, postures penchées.
  • Propreté : gestes répétés, bras levés, chariots.
  • Bureau : travail sur écran prolongé, souris, poste non réglé, sédentarité.
  • Coiffure, commerce, restauration : station debout, bras levés, gestes répétitifs.

Chaque secteur a sa combinaison de facteurs, et donc sa prévention. Les guides DUERP par secteur du blog détaillent les gestes à risque métier par métier ; voir par exemple DUERP transport et logistique ou DUERP secteur santé.

Ce que dit la réglementation

Les TMS sont des risques professionnels comme les autres : l’employeur doit les évaluer dans le document unique, par unité de travail, et les prévenir selon les neuf principes généraux, en commençant par supprimer le geste ou la charge, puis en agissant sur le poste et l’organisation, la formation venant en complément. La manutention manuelle fait l’objet de règles propres (articles R. 4541-1 et suivants du Code du travail) : privilégier les aides mécaniques, limiter les charges, former les salariés. Le travail sur écran a les siennes (R. 4542-1 et suivants). Quand un TMS est reconnu maladie professionnelle, il pèse sur la cotisation accidents du travail et maladies professionnelles de l’entreprise pendant plusieurs années.

Prévenir les troubles musculosquelettiques : ce qui marche

Levier Exemples Effet
Poste et matériel Hauteur réglable, aides à la manutention, outils légers et anti-vibrations, écran séparé du portable Supprime ou réduit l’exposition à la source
Organisation Rotation des postes, pauses courtes et fréquentes, marges de manoeuvre, cadences réalistes Réduit la répétition et la durée d’exposition
Participation Salariés associés à l’analyse des postes, remontée des douleurs sans crainte Trouve les vraies causes, fait accepter les changements
Formation Gestes et postures adaptés au poste réel, échauffement, éveil musculaire Complète les mesures techniques, ne les remplace pas
Suivi Indicateurs de plaintes et d’arrêts, médecin du travail, ergonome Détecte tôt, mesure les effets

L’Assurance Maladie – Risques professionnels propose un parcours d’accompagnement des entreprises les plus exposées, TMS Pros, et des subventions pour l’aménagement des postes, sous conditions. L’analyse du poste par un ergonome et les formations gestes et postures adaptées à l’activité réelle sont les deux interventions les plus demandées : voir gestes et postures : prévenir les TMS, ergonomie au poste de travail et éveil musculaire au travail.

Des TMS évalués, puis traités

Le document unique cote les gestes à risque par unité de travail, le plan d’actions classe les mesures, et les intervenants vérifiés, ergonomes, ostéopathes, formateurs gestes et postures, interviennent sur votre site.

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Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un trouble musculosquelettique ?

Une atteinte des muscles, tendons, nerfs ou vaisseaux autour d’une articulation, causée par des sollicitations répétées ou excessives : tendinite de l’épaule, syndrome du canal carpien, épicondylite, lombalgie. Il s’installe progressivement, à la différence d’un accident.

Les TMS sont-ils des maladies professionnelles ?

Oui, dans la plupart des cas, au titre des tableaux n° 57 (affections périarticulaires), 98 (lombalgies dues aux charges lourdes), 69 et 97 (vibrations). Ils représentent plus de 80 % des maladies professionnelles reconnues en France.

Quels sont les premiers signes d’un TMS ?

Une douleur ou une gêne à l’effort qui disparaît au repos, puis qui persiste, une perte de force, des fourmillements. Signaler tôt permet de modifier le poste avant que la lésion ne s’installe.

Le travail sur écran provoque-t-il des TMS ?

Oui : cervicalgies, douleurs de l’épaule et du poignet liées à la souris et à un poste mal réglé. Un écran à hauteur des yeux, un siège réglable, un clavier et une souris séparés du portable et des pauses réduisent nettement le risque.

La formation gestes et postures suffit-elle ?

Non. Elle est utile si elle est adaptée aux gestes réels du poste, mais elle vient après l’aménagement du poste et de l’organisation. Former un salarié à soulever une charge qu’une aide mécanique pourrait porter n’est pas de la prévention.

Qui peut analyser un poste de travail ?

Un ergonome, un ostéopathe formé à l’analyse du geste, le service de prévention et de santé au travail, ou un salarié formé avec l’appui des opérateurs eux-mêmes. L’important est de partir du travail réel, pas de la fiche de poste.

Les TMS doivent-ils figurer dans le document unique ?

Oui, comme tout risque professionnel, par unité de travail, avec les gestes et les postures en cause, une cotation et des actions datées. C’est aussi ce qui permet de suivre les effets des mesures d’une année sur l’autre.

Combien coûte un TMS pour l’entreprise ?

Les arrêts de travail, le remplacement, la désorganisation et, si la maladie est reconnue, une cotisation accidents du travail et maladies professionnelles majorée pendant plusieurs années. Le coût de l’aménagement d’un poste est presque toujours inférieur à celui d’un seul arrêt long.

Sources officielles

Cet article s’appuie sur le Code du travail (articles L. 4121-1 à L. 4121-3, R. 4541-1 et suivants, R. 4542-1 et suivants) et sur les ressources publiques ci-dessous. La réglementation évolue : vérifiez toujours l’information à jour.

À retenir

  • Troubles musculosquelettiques : plus de 80 % des maladies professionnelles reconnues.
  • Quatre familles de facteurs, dont l’organisation et les risques psychosociaux.
  • Changer le poste avant de changer les personnes.
  • Formation gestes et postures : utile, mais après le poste et l’organisation.
  • Évaluer les TMS dans le document unique, suivre les plaintes, agir tôt.
Johann Candelier

Fondateur d'Integraall, marque de Ça Des Boîtes - AURA, organisme de formation déclaré auprès de la DREETS Auvergne-Rhône-Alpes (NDA 84692686569). Il conduit lui-même les démarches DUERP, PAPRIPACT et QVCT auprès des entreprises accompagnées.

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