Le DUERP transport et logistique se distingue par un déséquilibre : le risque le plus mortel du secteur est aussi celui qu’on trouve le moins souvent dans le document. On y lit la manutention, les chariots, parfois le froid. Rarement la route.
S’y ajoutent trois zones que presque personne ne découpe correctement : le quai, la tournée et le retour à vide. Voici comment structurer, et les obligations propres au secteur.
L’essentiel en 30 secondes
- Le risque routier domine, et il manque dans la plupart des documents.
- Découper le quai, la tournée et la préparation séparément.
- Protocole de sécurité obligatoire pour chaque opération de chargement ou déchargement.
- Chariots : autorisation de conduite délivrée par l’employeur, pas seulement un CACES.
- Horaires atypiques, travail isolé et agressions : à évaluer aussi.
DUERP transport : découper au bon endroit
| Découpage inutile | Découpage exploitable |
|---|---|
| « Les chauffeurs » | Longue distance / messagerie urbaine / livraison à l’étage |
| « L’entrepôt » | Réception quai / stockage en hauteur / préparation / expédition |
| « Le personnel de nuit » | Rattaché à sa zone, avec les contraintes propres à l’horaire |
| « La maintenance » | Atelier / intervention sur véhicule immobilisé / dépannage extérieur |
Le test : un chauffeur de messagerie urbaine et un chauffeur longue distance ne subissent ni les mêmes manutentions, ni les mêmes horaires, ni les mêmes interactions avec le public. Les mettre dans la même unité rend l’évaluation inutilisable.

Les risques propres au secteur
1. La route, d’abord
C’est la première cause de décès au travail, tous secteurs confondus, et elle pèse ici plus qu’ailleurs. À évaluer avec les kilomètres réellement parcourus par unité, les conditions de conduite, les plages horaires et la pression de délai. Voir risque routier professionnel.
2. Le quai et les hauteurs
- Chute depuis un quai, un hayon, une remorque : hauteurs faibles, conséquences graves.
- Co-activité entre piétons, chariots et véhicules qui manœuvrent. C’est le point noir du secteur.
- Calage et arrimage : départ intempestif d’un véhicule pendant le chargement.
- Ouverture de portes sur charge instable.
3. La manutention
Port de charges, tirer-pousser des rolls, gestes répétitifs en préparation, livraison à l’étage sans ascenseur. Le secteur cumule volume et répétition : c’est un terrain de troubles musculo-squelettiques caractérisé.
4. Les horaires, l’isolement et le public
- Horaires atypiques : nuit, départs très tôt, amplitudes longues. Voir travail de nuit.
- Travail isolé : en tournée, sur un site fermé, en préparation de nuit. Voir travail isolé.
- Agressions et incivilités en livraison, notamment en zone urbaine et en fin de journée. C’est un risque professionnel, pas un aléa.
Une tournée organisée avec un délai intenable produit deux risques à la fois : on roule plus vite, et on manutentionne plus vite. Le planning est une mesure de prévention.
Le protocole de sécurité, systématiquement oublié
Toute opération de chargement ou de déchargement réalisée par une entreprise de transport dans les locaux d’une entreprise d’accueil doit faire l’objet d’un protocole de sécurité écrit. Il précise notamment les consignes du site, le lieu de livraison, les modalités d’accès et de stationnement, les matériels utilisés et les moyens de secours.
Pour les opérations à caractère répétitif, un protocole unique et permanent suffit tant que les conditions ne changent pas. C’est une pièce que l’inspection demande, et elle manque presque toujours côté entreprise d’accueil.
Les formations et autorisations du secteur
| Dispositif | Ce qu’il couvre |
|---|---|
| Autorisation de conduite | Délivrée par l’employeur pour les chariots et engins, après CACES, avis médical et connaissance des lieux |
| Formations initiale et continue | Obligatoires pour la conduite professionnelle de marchandises et de voyageurs, avec un cycle de renouvellement |
| Matières dangereuses | Formation spécifique et conseiller à la sécurité selon les quantités transportées |
| Gestes et postures | Pertinente sur tous les postes de manutention, en complément de l’aménagement |
Ces formations et leurs échéances se suivent, et celles que vous dispensez en interne se déclarent au passeport de prévention. Voir aussi le calendrier des recyclages.
Les erreurs qui reviennent
- Le risque routier absent du document unique, alors qu’il domine la sinistralité.
- Les temps de conduite et de repos traités comme un sujet réglementaire séparé, sans lien avec la fatigue et le risque d’accident.
- Aucune trace des agressions en livraison.
- Les intérimaires oubliés, alors qu’ils sont très présents en préparation et surexposés.
- Un plan d’actions inexistant. À partir de 50 salariés, c’est un programme annuel de prévention.
Un document unique qui suit vos tournées
Unités de travail par zone et par type de tournée, kilomètres réels intégrés, protocoles de sécurité rattachés et plan d’actions daté.
Questions fréquentes
Quel est le premier risque du secteur transport ?
La route, très largement. C’est la première cause de décès au travail tous secteurs confondus, et elle pèse davantage encore dans le transport. C’est pourtant le risque le moins souvent détaillé dans les documents uniques du secteur.
Comment découper les unités de travail ?
Par zone et par type d’activité : réception quai, stockage en hauteur, préparation, expédition, longue distance, messagerie urbaine, livraison à l’étage. Un chauffeur de messagerie et un chauffeur longue distance n’ont pas la même exposition.
Le protocole de sécurité est-il obligatoire ?
Oui, pour toute opération de chargement ou de déchargement réalisée par une entreprise de transport dans les locaux d’une entreprise d’accueil. Un protocole unique et permanent suffit pour les opérations répétitives tant que les conditions ne changent pas.
Le CACES suffit-il pour conduire un chariot ?
Non. Le CACES atteste des connaissances et du savoir-faire ; c’est l’employeur qui délivre l’autorisation de conduite, après avis médical d’aptitude et connaissance des lieux et instructions à respecter.
Les agressions en livraison relèvent-elles du DUERP ?
Oui. Les incivilités et agressions sont des risques professionnels à évaluer et à prévenir : organisation des tournées, horaires, dispositif d’alerte, conduite à tenir et accompagnement après incident.
Faut-il traiter le travail isolé ?
Oui, il est structurel dans le secteur : en tournée, sur un site fermé, en préparation de nuit. L’obligation n’est pas d’acheter un dispositif mais d’évaluer et de pouvoir porter secours dans un délai compatible avec le risque.
Les intérimaires doivent-ils y figurer ?
Oui. Ils sont très présents en préparation et en manutention, et statistiquement surexposés. Sur un poste à risques particuliers, la formation renforcée à la sécurité est obligatoire.
À quelle fréquence mettre à jour ?
Au moins une fois par an à partir de onze salariés, et à chaque changement notable : nouveau client impliquant d’autres conditions de livraison, nouveau véhicule ou engin, réorganisation des tournées, accident significatif.
Sources officielles
Cet article s’appuie sur les textes cités au fil de la page (articles L4121-1 à L4121-3, R4121-1 et R4121-2, R4323-55 et suivants pour l’autorisation de conduite, R4541-1 et suivants pour la manutention du Code du travail, arrêté du 26 avril 1996 relatif au protocole de sécurité) et sur les ressources publiques ci-dessous. La réglementation évolue : vérifiez toujours l’information à jour.
- INRS – Transport et logistique
- INRS – Risques routiers
- INRS – Lombalgies et manutention manuelle
- Ministère du Travail – Le document unique d’évaluation des risques
À retenir
- La route d’abord : avec les kilomètres réels par unité.
- Découper quai, tournée, préparation séparément.
- Protocole de sécurité pour chaque chargement ou déchargement.
- Le planning est une mesure de prévention.
- Agressions, travail isolé et intérimaires : les trois oublis fréquents.
Fondateur d'Integraall, marque de Ça Des Boîtes - AURA, organisme de formation déclaré auprès de la DREETS Auvergne-Rhône-Alpes (NDA 84692686569). Il conduit lui-même les démarches DUERP, PAPRIPACT et QVCT auprès des entreprises accompagnées.
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