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Créer son DUERP : par où commencer

Obligatoire dès le premier salarié, sans format imposé. Les unités de travail, l'inventaire des risques, la cotation et le plan d'actions, étape par étape.

Par Johann Candelier Mis à jour le 8 min de lecture

Créer son DUERP : relevé des observations lors d'une visite de site

Créer son DUERP est obligatoire dès le premier salarié. Pas dès onze, pas dès cinquante : dès qu’une entreprise emploie une personne, l’employeur doit transcrire les résultats de son évaluation des risques dans un document unique (articles L4121-3 et R4121-1 du Code du travail).

La bonne nouvelle, c’est que la loi n’impose ni format, ni modèle, ni logiciel. La mauvaise, c’est que la plupart des DUERP existants ne valent rien parce qu’ils recopient une trame générique au lieu de décrire l’entreprise. Voici comment créer son DUERP, étape par étape.

L’essentiel en 30 secondes

  • Obligatoire dès le premier salarié, quelle que soit l’activité.
  • Aucun format imposé : papier, tableur ou logiciel, la loi ne tranche pas.
  • La charpente, ce sont les unités de travail : si elles sont fausses, tout est faux.
  • Il doit couvrir la santé physique et mentale : les RPS en font partie.
  • Conservation 40 ans, toutes versions successives comprises.

Qui doit avoir un DUERP ?

Toute entreprise employant au moins un salarié. Il n’existe aucun seuil d’exemption. Ce qui varie avec l’effectif, c’est ce qui vient après : la mise à jour annuelle devient obligatoire à partir de onze salariés, et le programme annuel de prévention à partir de cinquante.

Effectif DUERP Mise à jour annuelle Plan d’actions
1 à 10 Obligatoire Non imposée Liste d’actions dans le DUERP
11 à 49 Obligatoire Obligatoire Liste d’actions dans le DUERP
50 et plus Obligatoire Obligatoire PAPRIPACT formalisé

Étape 1 : découper en unités de travail

C’est la fondation, et l’endroit où presque tout se joue. Une unité de travail regroupe des salariés exposés à des risques comparables. Ce n’est pas forcément un service, ni un métier, ni un lieu : c’est une situation de travail.

Deux erreurs symétriques :

  • Trop grossier : une seule unité « l’entreprise ». On obtient une liste de risques moyens qui ne correspond à personne.
  • Trop fin : une unité par salarié. Le document devient ingérable et personne ne le rouvre.

Dans une PME, trois à huit unités suffisent généralement : production, maintenance, logistique, administratif, commercial itinérant. Le bon test : si deux personnes de la même unité n’ont manifestement pas les mêmes risques, il faut couper.

Créer son DUERP : allées de stockage et rayonnages dans un entrepôt
Une unité de travail regroupe des salariés exposés à des risques comparables : ni un service, ni un lieu, une situation de travail.

Étape 2 : inventorier les risques, sur le terrain

Pour chaque unité, on liste ce à quoi les salariés sont réellement exposés. La méthode qui fonctionne tient en une phrase : aller voir, et demander. Un DUERP rédigé depuis un bureau décrit le travail prescrit ; les accidents, eux, arrivent dans le travail réel.

Les grandes familles à balayer systématiquement :

  • Physiques : chutes de plain-pied et de hauteur, manutention, machines, outils, circulation, bruit, températures.
  • Chimiques : produits d’entretien compris. Les fiches de données de sécurité sont votre point de départ.
  • Électriques : installations, appareils, interventions au voisinage.
  • Biologiques : selon l’activité, notamment soin, alimentaire, déchets.
  • Routiers : souvent oubliés, alors qu’ils pèsent lourd dans les accidents graves.
  • Psychosociaux : les six familles de facteurs, au même niveau que les autres.

Ce dernier point n’est pas optionnel : l’obligation de sécurité couvre explicitement la santé physique et mentale.

Étape 3 : coter, pour hiérarchiser

Coter ne sert pas à produire un chiffre, mais à décider par quoi commencer. La méthode la plus répandue croise deux ou trois critères :

Critère Ce qu’on estime
Gravité Ce qui arrive si le risque se réalise : du soin bénin au décès
Fréquence À quel point les salariés y sont exposés : rarement, quotidiennement
Maîtrise Ce qui est déjà en place et fonctionne réellement

Peu importe l’échelle retenue, du moment qu’elle est la même partout et qu’elle est expliquée dans le document. Une cotation incohérente d’une unité à l’autre rend la hiérarchisation inutilisable.

Étape 4 : décider des actions

Chaque risque significatif appelle une mesure. Et l’ordre dans lequel on choisit ces mesures n’est pas libre : les neuf principes généraux de prévention imposent une hiérarchie. On cherche d’abord à supprimer le risque, ensuite à le réduire à la source, ensuite à protéger collectivement, et seulement en dernier recours à équiper individuellement.

Distribuer des gants avant d’avoir cherché à remplacer le produit dangereux, c’est inverser la hiérarchie légale. Et c’est visible immédiatement dans un document unique.

Chaque action porte au minimum : ce qu’on fait, qui le pilote, pour quand. Dès cinquante salariés, elles alimentent le PAPRIPACT avec en plus un coût et un indicateur.

Groupe de travail réuni autour de notes affichées au mur
L’évaluation se construit avec les salariés concernés : le travail réel n’est pas le travail prescrit.

Étape 5 : diffuser, transmettre, conserver

  • Afficher un avis indiquant où le document est consultable.
  • Tenir à disposition les travailleurs et anciens travailleurs, le CSE, le médecin du travail, l’inspection du travail et les agents des organismes de sécurité sociale.
  • Transmettre le document et ses mises à jour au service de prévention et de santé au travail.
  • Conserver 40 ans, chaque version, sans jamais écraser la précédente.

Cette dernière règle a une conséquence pratique immédiate : on ne remplace pas un fichier, on en ajoute un. C’est aussi la limite structurelle du tableur, bien avant le confort de saisie. Voir quand mettre à jour le DUERP.

Créer son DUERP à partir d’un modèle ?

Une trame aide à ne rien oublier, et il n’y a aucune honte à en utiliser une. Ce qui ne fonctionne pas, c’est de la remplir sans sortir du bureau : un document unique qui pourrait s’appliquer tel quel à votre concurrent ne prouve rien, et un contrôleur le repère en quelques minutes.

Le bon usage d’un modèle : s’en servir comme aide-mémoire des familles de risques, puis décrire vos unités, vos machines, vos horaires.

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Questions fréquentes

À partir de combien de salariés le DUERP est-il obligatoire ?

Dès le premier salarié. Il n’existe aucun seuil d’exemption. Ce qui varie avec l’effectif, c’est la mise à jour annuelle (obligatoire à partir de 11 salariés) et le programme annuel de prévention (à partir de 50).

Quel format doit avoir le DUERP ?

Aucun format n’est imposé. Papier, tableur ou logiciel, la loi ne tranche pas. Ce qui compte, c’est le contenu, la mise à jour et la conservation des versions successives sur quarante ans.

Qu’est-ce qu’une unité de travail ?

Un regroupement de salariés exposés à des risques comparables. Ce n’est pas nécessairement un service ni un lieu : c’est une situation de travail. Dans une PME, trois à huit unités suffisent généralement.

Peut-on utiliser un modèle trouvé en ligne ?

Comme aide-mémoire, oui. Comme document final, non. Une évaluation doit décrire vos unités de travail, vos équipements et votre organisation. Un document générique n’a aucune valeur probante et se repère immédiatement.

Les risques psychosociaux doivent-ils y figurer ?

Oui. L’obligation de sécurité couvre la santé physique et mentale. Les six familles de facteurs de risques psychosociaux s’évaluent au même titre que les risques physiques, par unité de travail.

Qui doit rédiger le DUERP ?

L’employeur en est responsable. Il peut associer le salarié désigné compétent, le CSE, le service de prévention et de santé au travail ou un intervenant extérieur, mais la responsabilité ne se délègue pas.

Combien de temps faut-il pour le construire ?

Comptez une à trois journées pour une PME, réparties entre l’observation sur le terrain, les entretiens et la rédaction. L’essentiel du temps doit aller au terrain, pas à la mise en forme.

Que risque-t-on sans DUERP ?

Ne pas transcrire ou ne pas mettre à jour les résultats de l’évaluation des risques constitue une contravention de 5e classe. Le risque principal est cependant la faute inexcusable en cas d’accident : sans document, l’employeur ne peut pas démontrer qu’il avait identifié le danger et agi.

Sources officielles

Cet article s’appuie sur les textes du Code du travail cités au fil de la page (articles L4121-1, L4121-2, L4121-3, R4121-1, R4121-2 et R4121-4) et sur les ressources publiques ci-dessous. La réglementation évolue : vérifiez toujours l’information à jour auprès de ces sites.

À retenir

  • Obligatoire dès le premier salarié, sans exception.
  • Les unités de travail sont la charpente : ni trop larges, ni trop fines.
  • Aller sur le terrain : le travail réel n’est pas le travail prescrit.
  • Respecter la hiérarchie des principes de prévention : l’EPI en dernier.
  • 40 ans de conservation, chaque version ajoutée, jamais écrasée.
Johann Candelier

Fondateur d'Integraall, marque de Ça Des Boîtes - AURA, organisme de formation déclaré auprès de la DREETS Auvergne-Rhône-Alpes (NDA 84692686569). Il conduit lui-même les démarches DUERP, PAPRIPACT et QVCT auprès des entreprises accompagnées.

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