Le DUERP commerce a un angle mort constant : les incivilités et les agressions. Elles font partie du quotidien de la vente, elles sont racontées en salle de pause, et elles n’apparaissent presque jamais dans le document unique.
C’est pourtant un risque professionnel à part entière, au même titre que la manutention en réserve ou les chutes de plain-pied. Voici comment structurer l’évaluation d’un point de vente, et les cinq risques du secteur.
L’essentiel en 30 secondes
- Découper surface de vente, caisse, réserve, laboratoire séparément.
- Incivilités et agressions : risque professionnel, pas aléa du métier.
- Travail isolé à l’ouverture, à la fermeture et en réserve.
- Saisonniers et étudiants figurent dans l’évaluation comme les permanents.
- Les moins de 18 ans ne peuvent pas tout faire, notamment en laboratoire.
DUERP commerce : découper par zone et par moment
| Découpage inutile | Découpage exploitable |
|---|---|
| « Les vendeurs » | Mise en rayon / conseil client / caisse / retours et litiges |
| « La réserve » | Réception livraisons / stockage en hauteur / préparation commandes |
| « Le laboratoire » | Boucherie / poissonnerie / boulangerie, chacun avec ses machines |
| « L’équipe » | Ouverture / journée / fermeture : trois expositions différentes |
Le dernier découpage est celui qui manque le plus. Une personne qui ouvre seule à 6 h et une personne qui travaille à 15 h dans un magasin plein ne sont pas exposées aux mêmes risques, alors qu’elles occupent le même poste.

Les cinq risques du secteur
1. Les incivilités et les agressions
Insultes, menaces, agressions physiques, vols avec violence. À évaluer par zone et par créneau, avec des mesures concrètes :
- Organisation de l’ouverture et de la fermeture : jamais seul si le risque le justifie, procédure écrite.
- Aménagement de la caisse : visibilité, dégagement, limitation du numéraire.
- Procédure d’alerte connue, testée, avec quelqu’un au bout.
- Consigne claire en cas de vol : on ne poursuit pas, on ne retient pas, la marchandise ne vaut pas un salarié.
- Accompagnement après incident : c’est ce qui manque le plus, et c’est ce qui laisse des traces.
Un salarié agressé verbalement trois fois par semaine ne le signale plus au bout d’un mois. L’absence de remontée n’est pas une absence de risque : c’est une habituation.
2. La manutention et les TMS
Mise en rayon, port de colis, palettes, gestes répétitifs en caisse, station debout prolongée. Le secteur cumule volume et répétition. Voir prévenir les TMS et ergonomie au poste de travail : la hauteur du tapis, l’assise et le passage des articles se règlent.
3. Les chutes
- De plain-pied : sols mouillés, cartons dans les allées, rayons encombrés pendant le réassort.
- De hauteur : escabeaux, échelles, accès aux hauts de rayonnage et aux mezzanines de réserve.
4. Les équipements et les machines
Transpalettes, gerbeurs, compacteurs de cartons, trancheuses et scies en laboratoire. Chaque engin de manutention automoteur suppose une autorisation de conduite délivrée par l’employeur après CACES et avis médical.
5. Les horaires et le travail isolé
Amplitudes longues, coupures, ouverture dominicale, nocturnes. À croiser avec les situations de travail isolé : réserve, laboratoire, ouverture et fermeture.
Les populations qu’on oublie
| Population | Ce qui s’applique |
|---|---|
| Saisonniers et étudiants | Mêmes protections, et une vigilance accrue : ils découvrent les lieux en période de forte activité |
| Intérimaires | Formation renforcée à la sécurité sur les postes à risques particuliers |
| Moins de 18 ans | Régime des travaux réglementés : machines de laboratoire, travaux en hauteur, certains produits |
| Prestataires de nettoyage | Inspection commune et, le cas échéant, plan de prévention |
Tous ces salariés relèvent de l’accueil sécurité, obligatoire à l’embauche comme au changement de poste. Dans un secteur à fort renouvellement, c’est la mesure la plus rentable qui existe.
Les erreurs qui reviennent
- Un modèle générique pour toutes les enseignes du groupe, sans adaptation au point de vente.
- Les incivilités absentes, faute d’être recensées. Un registre des faits, même informel, est le point de départ.
- L’ouverture et la fermeture traitées comme le reste de la journée.
- Aucun accompagnement après incident, alors que c’est ce qui protège dans la durée.
- Pas de plan d’actions : à partir de 50 salariés, c’est un programme annuel de prévention.
Un document unique qui tient en période de rush
Unités de travail par zone et par créneau, incivilités évaluées, populations temporaires intégrées et plan d’actions daté.
Questions fréquentes
Les incivilités relèvent-elles du document unique ?
Oui. Les agressions verbales et physiques venant de la clientèle sont des risques professionnels à évaluer et à prévenir, par zone et par créneau, avec des mesures d’organisation, une procédure d’alerte et un accompagnement après incident.
Comment découper les unités de travail dans un point de vente ?
Par zone et par moment : surface de vente, caisse, réserve, laboratoire, et ouverture, journée, fermeture. Une personne qui ouvre seule et une personne qui travaille en pleine affluence n’ont pas la même exposition.
Que dire aux salariés en cas de vol ?
Qu’ils ne poursuivent pas et ne retiennent personne. La consigne doit être écrite, claire et répétée : la marchandise ne vaut pas un salarié, et une intervention improvisée est le point de départ des accidents graves.
Un salarié peut-il ouvrir ou fermer seul ?
Cela s’évalue. Il n’existe pas d’interdiction générale, mais l’employeur doit avoir apprécié le risque, réduit l’isolement quand c’est possible, et organisé une alerte permettant de porter secours dans un délai compatible.
Les saisonniers doivent-ils y figurer ?
Oui. Ils travaillent sur vos postes, souvent pendant les périodes les plus chargées et avec une connaissance limitée des lieux. Ils relèvent aussi pleinement de l’accueil sécurité.
Les moins de 18 ans peuvent-ils utiliser une trancheuse ?
Ils relèvent du régime des travaux réglementés. L’affectation à ces travaux suppose une procédure de dérogation encadrée, une formation à la sécurité, un encadrement, des équipements conformes et un avis médical d’aptitude.
Faut-il une autorisation pour conduire un transpalette électrique ?
Oui. Les équipements de manutention automoteurs supposent une autorisation de conduite délivrée par l’employeur, après contrôle des connaissances et savoir-faire, avis médical et connaissance des lieux.
À quelle fréquence mettre à jour ?
Au moins une fois par an à partir de onze salariés, et à chaque changement notable : réaménagement du magasin, nouveau matériel, changement d’amplitude horaire, agression ou accident significatif.
Sources officielles
Cet article s’appuie sur les textes du Code du travail cités au fil de la page (articles L4121-1 à L4121-3, R4121-1 et R4121-2, R4323-55 et suivants pour l’autorisation de conduite, R4541-1 et suivants pour la manutention, D4153-15 et suivants pour les travaux réglementés des jeunes) et sur les ressources publiques ci-dessous. La réglementation évolue : vérifiez toujours l’information à jour.
- INRS – Agressions et violences externes
- INRS – Chutes de plain-pied
- INRS – Commerce de détail
- Ministère du Travail – Le document unique d’évaluation des risques
À retenir
- Découper par zone et par créneau, ouverture et fermeture à part.
- Les incivilités s’évaluent : recensez-les d’abord.
- Consigne écrite : on ne poursuit pas un voleur.
- Saisonniers, étudiants, intérimaires dans l’évaluation.
- L’accompagnement après incident est ce qui manque le plus.
Fondateur d'Integraall, marque de Ça Des Boîtes - AURA, organisme de formation déclaré auprès de la DREETS Auvergne-Rhône-Alpes (NDA 84692686569). Il conduit lui-même les démarches DUERP, PAPRIPACT et QVCT auprès des entreprises accompagnées.
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