Le DUERP dans le secteur santé et médico-social obéit aux mêmes règles que partout ailleurs, mais il échoue presque toujours sur les mêmes points : la manutention de personnes, la charge émotionnelle et les agressions. Trois risques majeurs, systématiquement sous-évalués parce qu’ils sont vécus comme faisant partie du métier.
Voici comment construire un document unique qui tienne dans un EHPAD, un service de soins à domicile, une clinique ou un établissement médico-social : les unités de travail à retenir, les risques propres au secteur, et les erreurs qui reviennent à chaque contrôle.
L’essentiel en 30 secondes
- Obligatoire dès le premier salarié, quelle que soit la structure.
- Mise à jour au moins une fois par an à partir de 11 salariés, et à chaque changement notable.
- Cinq risques propres au secteur : manutention de personnes, biologique, chimique, psychosocial, horaires atypiques.
- Les agressions et la charge émotionnelle sont des risques professionnels, pas des aléas du métier.
- Conservation des versions successives pendant au moins 40 ans.
DUERP du secteur santé : découper en unités de travail
C’est là que la plupart des documents uniques du secteur perdent leur valeur : un découpage par service administratif au lieu d’un découpage par exposition réelle.
| Découpage inutile | Découpage exploitable |
|---|---|
| « Personnel soignant » | Soins de jour / soins de nuit / accompagnement en unité protégée |
| « Services généraux » | Cuisine / lingerie / entretien des locaux / maintenance |
| « Intervenants à domicile » | Tournée urbaine / tournée rurale / interventions isolées du soir |
Le test est simple : si deux personnes rangées dans la même unité ne sont pas exposées aux mêmes risques, l’unité est mal découpée. Une aide-soignante de nuit et une aide-soignante de jour ne font pas le même métier au regard de la prévention.
Les cinq risques propres au secteur
1. La manutention de personnes
Premier poste de sinistralité du secteur, et de très loin. Le transfert d’une personne dépendante n’a rien à voir avec le port d’une charge inerte : le poids se déplace, résiste parfois, et l’urgence interdit souvent de prendre le temps du bon geste.
À évaluer par unité : nombre de transferts par poste, niveau de dépendance moyen, disponibilité réelle des aides techniques (lève-personne, drap de glisse, verticalisateur), et surtout le délai d’accès à ces aides. Un lève-personne rangé deux étages plus bas n’est pas une aide technique disponible.
2. Le risque biologique
Exposition aux agents infectieux, accidents d’exposition au sang, piqûres, projections. À évaluer geste par geste, avec la conduite à tenir affichée et connue de l’équipe de nuit comme de jour, y compris des intérimaires et des stagiaires.
3. Le risque chimique
Produits de désinfection, détergents, gaz anesthésiques, médicaments cytotoxiques selon l’activité. Sous-évalué parce qu’il est banalisé par l’usage quotidien. La fiche de données de sécurité de chaque produit doit être accessible sur le lieu d’utilisation, pas dans un classeur au bureau de direction.

4. Les risques psychosociaux
Le secteur cumule presque toutes les six familles de facteurs : exigences émotionnelles très fortes, confrontation à la fin de vie, agressions verbales et physiques, sous-effectif chronique, conflits de valeurs entre le soin qu’on voudrait donner et le temps dont on dispose.
Deux points sont non négociables dans un document unique du secteur :
- Les agressions par les patients, résidents ou familles sont des risques professionnels à part entière, à évaluer et à prévenir. Un registre des faits de violence, même informel, est le point de départ.
- La charge émotionnelle se travaille : temps d’échange sur les situations difficiles, analyse de pratiques, accompagnement après un décès marquant.
« Ça fait partie du métier » n’est pas une mesure de prévention. C’est la phrase qui explique pourquoi ces risques n’apparaissent nulle part dans les documents uniques du secteur.
5. Les horaires atypiques
Travail de nuit, horaires coupés, roulements en douze heures, week-ends. Les effets sur la santé sont documentés, et le travail de nuit emporte ses propres obligations : suivi médical renforcé, contreparties, encadrement de la durée.
À cela s’ajoute, pour les interventions à domicile, le risque routier et le travail isolé : kilomètres parcourus, conduite sous contrainte de planning, interventions du soir sans autre personne à proximité, dispositif d’alerte disponible ou non.
Les erreurs qui reviennent à chaque contrôle
| Erreur | Ce qu’il faut faire |
|---|---|
| Un modèle générique acheté et non adapté | Partir des situations réelles, décrites par les équipes |
| Aucune trace des risques psychosociaux | Les évaluer par unité, comme tous les autres risques |
| Les agressions traitées comme des incidents isolés | Les recenser et en tirer des mesures collectives |
| Le personnel de nuit oublié | Une unité de travail distincte, avec ses propres mesures |
| Le document mis à jour, mais aucune action derrière | Un plan d’actions daté, avec un responsable par mesure |
| Intérimaires, remplaçants et stagiaires non pris en compte | Les intégrer : ce sont souvent les plus exposés |
Le dernier point mérite une attention particulière. Les nouveaux arrivants et les remplaçants concentrent une part importante des accidents, parce qu’ils découvrent les locaux, les résidents et les gestes en même temps.
Ce qui suit le document unique
Le document unique n’est pas une fin : il déclenche un plan. À partir de 50 salariés, cela prend la forme d’un programme annuel de prévention avec mesures, ressources et calendrier. En dessous, une liste d’actions consignée dans le document suffit, mais elle doit exister.
Trois obligations à ne pas manquer :
- Mise à jour annuelle à partir de 11 salariés, et à chaque changement notable : nouveau matériel, nouvelle organisation des roulements, ouverture d’une unité, accident significatif.
- Mise à disposition des travailleurs, du CSE, du service de prévention et de santé au travail et de l’inspection du travail.
- Conservation des versions successives pendant au moins quarante ans, pour permettre la traçabilité des expositions.
Ce dernier point est structurant dans un secteur à fort turnover : c’est le document unique qui permettra, des années plus tard, d’établir à quoi une personne a été exposée. Voir aussi quand mettre à jour son DUERP.
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Questions fréquentes
Un EHPAD doit-il avoir un DUERP ?
Oui, comme tout employeur, dès le premier salarié. La taille de l’établissement ne change pas l’obligation : elle change seulement la forme du plan d’actions qui en découle.
Un cabinet libéral ou une petite structure d’aide à domicile est-il concerné ?
Dès qu’il emploie au moins un salarié, oui. Un praticien exerçant seul, sans salarié, n’y est pas tenu au titre du Code du travail.
Quels risques oublie-t-on le plus souvent dans le secteur ?
Les agressions par les patients, résidents ou familles, la charge émotionnelle, et l’exposition spécifique du personnel de nuit. Tous trois sont vécus comme faisant partie du métier, ce qui explique leur absence des documents.
Les agressions doivent-elles figurer dans le DUERP ?
Oui. Ce sont des risques professionnels au même titre que les autres : ils s’évaluent par unité de travail et appellent des mesures de prévention, depuis l’organisation de l’accueil jusqu’aux procédures d’alerte et à l’accompagnement après incident.
À quelle fréquence faut-il le mettre à jour ?
Au moins une fois par an à partir de onze salariés, et dans tous les cas à chaque changement notable : nouvelle organisation des roulements, nouveau matériel, ouverture d’une unité, accident significatif ou nouvelle information sur un risque.
Comment découper les unités de travail ?
Par exposition réelle, pas par organigramme. Soins de jour et soins de nuit, tournée urbaine et tournée rurale, cuisine et lingerie : si deux personnes d’une même unité ne sont pas exposées aux mêmes risques, le découpage est à revoir.
Faut-il un PAPRIPACT ?
À partir de cinquante salariés, oui : un programme annuel de prévention listant les mesures, leurs conditions d’exécution, les ressources et le calendrier. En dessous, la liste des actions de prévention est consignée dans le document unique.
Combien de temps faut-il le conserver ?
Les versions successives doivent être conservées pendant au moins quarante ans, afin d’assurer la traçabilité collective des expositions. Dans un secteur à fort turnover, c’est ce qui permettra d’établir plus tard à quoi une personne a été exposée.
Sources officielles
Cet article s’appuie sur les textes du Code du travail cités au fil de la page (articles L4121-1 à L4121-3, R4121-1 et R4121-2, R4421-1 et suivants pour le risque biologique, R4541-1 et suivants pour la manutention) et sur les ressources publiques ci-dessous. La réglementation évolue : vérifiez toujours l’information à jour.
- Ministère du Travail – Le document unique d’évaluation des risques
- INRS – Santé et aide à la personne
- INRS – Troubles musculo-squelettiques
- INRS – Risques psychosociaux
À retenir
- Découper par exposition réelle, pas par organigramme.
- Manutention de personnes : évaluer la disponibilité effective des aides techniques.
- Agressions et charge émotionnelle sont des risques professionnels, pas des aléas.
- Le personnel de nuit mérite sa propre unité de travail.
- Mise à jour annuelle dès 11 salariés, conservation 40 ans.
Fondateur d'Integraall, marque de Ça Des Boîtes - AURA, organisme de formation déclaré auprès de la DREETS Auvergne-Rhône-Alpes (NDA 84692686569). Il conduit lui-même les démarches DUERP, PAPRIPACT et QVCT auprès des entreprises accompagnées.
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