Un DUERP en ligne n’est pas plus légal qu’un DUERP sur tableur. La loi n’impose aucun format : papier, tableur ou logiciel, les trois sont valables. Ce qui départage ne se joue pas le jour de la rédaction, mais trois ans plus tard, quand il faut retrouver la version de mars 2024 et prouver ce qu’on savait à l’époque.
Voici ce que chaque support tient réellement, et les quatre questions à se poser avant de choisir.
L’essentiel en 30 secondes
- Aucun format imposé : le support ne fait pas la conformité.
- Le vrai critère : tenir 40 ans de versions successives sans en écraser aucune.
- Le tableur casse à la troisième mise à jour, rarement avant.
- Un logiciel ne dispense jamais d’aller sur le terrain.
- Le lien automatique risque vers plan d’actions est ce qui change le plus la vie.
DUERP en ligne, tableur ou papier : les trois supports
| Support | Ce qui va | Où ça casse |
|---|---|---|
| Papier | Immédiat, aucun coût, aucune dépendance | Illisible dès la deuxième révision ; archivage 40 ans irréaliste ; introuvable le jour du contrôle |
| Tableur | Gratuit, souple, tout le monde sait s’en servir | On écrase la version précédente ; aucun lien avec le plan d’actions ; personne ne le rouvre entre deux échéances |
| Logiciel | Versions horodatées, actions reliées aux risques, rappels d’échéance, export prêt pour le CSE | Un coût récurrent ; et l’illusion que l’outil remplace l’observation du travail réel |
Le tableur mérite une précision, parce que c’est le cas le plus fréquent : il ne pose aucun problème la première année. Le problème arrive à la troisième révision, quand personne ne sait plus quelle colonne correspondait à quoi, que la version de l’an dernier a été écrasée, et que le fichier porte un nom du type DUERP_v3_final_VRAI.xlsx.

Les quatre questions qui décident
1. Combien de versions allez-vous produire ?
La loi impose de conserver le document unique et toutes ses versions successives pendant quarante ans. Une entreprise stable, de moins de onze salariés, produira peu de versions : un tableur discipliné peut tenir. Une entreprise de cinquante personnes qui bouge produira trois à cinq versions par an, soit cent cinquante fichiers à horodater sur la durée. C’est là que le support devient structurant.
2. Qui va le rouvrir, et quand ?
Un DUERP n’est utile que s’il est consulté entre deux échéances. Le critère est simple : si la seule personne capable d’ouvrir le fichier est celle qui l’a créé, vous avez un document personnel, pas un document d’entreprise.
3. Le plan d’actions est-il relié aux risques ?
C’est le point qui change le plus le quotidien. Quand une action est rattachée au risque qu’elle traite, sa réalisation fait baisser la cotation à la révision suivante, et vous mesurez l’effet de ce que vous faites. Sur deux onglets séparés d’un tableur, ce lien n’existe pas : les deux listes divergent en six mois. Voir ce qu’exige le PAPRIPACT dès cinquante salariés.
4. Que devez-vous produire au CSE ?
Dès cinquante salariés, un export propre pour la consultation annuelle vaut plusieurs heures de mise en forme. Si vous préparez déjà ce document à la main chaque année, vous connaissez le coût réel de votre support actuel.
Ce qu’aucun outil ne fera à votre place
Un logiciel structure une évaluation. Il ne l’observe pas. Le passage étroit derrière la machine, l’escabeau utilisé faute de mieux, la charge qui déborde depuis six semaines : rien de tout cela n’entre dans un formulaire sans que quelqu’un aille le voir.
C’est le risque propre aux solutions en ligne qui promettent un DUERP en dix minutes : on obtient un document bien mis en forme, générique, et donc sans valeur probante. Un outil doit vous faire gagner du temps sur la mise en forme et l’archivage, jamais sur l’observation. Voir la méthode de création et ce qu’une trame doit contenir.
Comment choisir sans se tromper
- Restez sur le tableur si vous êtes une TPE stable, que vous nommez vos fichiers par date, et que vous n’écrasez jamais une version.
- Passez à un outil dès que vous cumulez deux des trois signaux : plus de vingt salariés, plusieurs sites, ou des mises à jour plusieurs fois par an.
- Vérifiez trois points avant de souscrire : les versions sont-elles horodatées et conservées ? les actions sont-elles rattachées aux risques ? pouvez-vous exporter vos données si vous partez ?
Ce troisième point est celui qu’on oublie de poser. Un DUERP enfermé dans un outil qu’on ne peut pas quitter est un problème à quarante ans d’échéance.
Un DUERP qui survit à sa troisième mise à jour
Versions horodatées et conservées, actions reliées aux risques, export prêt pour le CSE, et vos données récupérables à tout moment.
Questions fréquentes
Un DUERP en ligne est-il obligatoire ?
Non. La loi n’impose aucun format : papier, tableur ou logiciel sont également valables. Ce sont les obligations de contenu, de mise à jour et de conservation qui s’imposent, pas le support.
Un DUERP sur Excel est-il valable ?
Oui, légalement. La difficulté est pratique : la conservation de chaque version successive pendant quarante ans suppose de ne jamais écraser un fichier, ce que peu d’entreprises tiennent au-delà de trois ans.
Que doit permettre un bon outil ?
Trois choses : horodater et conserver les versions, rattacher chaque action au risque qu’elle traite, et exporter vos données à tout moment. Le reste est du confort.
Un logiciel garantit-il la conformité ?
Non. Il structure la forme et sécurise l’archivage. La conformité dépend du contenu, et le contenu vient du terrain. Un outil qui promet un document unique en dix minutes produit un document générique, donc sans valeur probante.
Faut-il déposer son DUERP quelque part ?
Il n’y a pas de dépôt automatique à effectuer aujourd’hui auprès d’une administration. Le document doit être tenu à disposition et ses mises à jour transmises au service de prévention et de santé au travail.
Combien de temps conserver les anciennes versions ?
Quarante ans, pour le document et chacune de ses versions successives. Certaines maladies professionnelles apparaissent longtemps après l’exposition.
Peut-on changer de support en cours de route ?
Oui, à condition de reprendre l’historique. Les anciennes versions restent à conserver, y compris si elles sont sur un autre support : on n’efface pas le passé en changeant d’outil.
Sources officielles
Cet article s’appuie sur les textes du Code du travail cités au fil de la page (articles L4121-3, L4121-3-1, R4121-1, R4121-2 et R4121-4) et sur les ressources publiques ci-dessous. La réglementation évolue : vérifiez toujours l’information à jour.
- Ministère du Travail – Le document unique d’évaluation des risques
- service-public.fr – Document unique d’évaluation des risques professionnels
- INRS – Évaluation des risques professionnels
À retenir
- Le support ne fait pas la conformité : les trois sont légaux.
- Le tableur casse à la troisième mise à jour.
- Le critère décisif : 40 ans de versions sans en écraser une.
- Le lien risque vers action est ce qui change le quotidien.
- Aucun outil ne remplace l’observation du travail réel.
Fondateur d'Integraall, marque de Ça Des Boîtes - AURA, organisme de formation déclaré auprès de la DREETS Auvergne-Rhône-Alpes (NDA 84692686569). Il conduit lui-même les démarches DUERP, PAPRIPACT et QVCT auprès des entreprises accompagnées.
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