Le DUERP en restauration et hôtellerie se heurte à une confusion tenace : beaucoup d’établissements croient être en règle parce qu’ils ont fait leur HACCP. Ce sont deux mondes différents. L’HACCP protège le client ; le document unique protège les salariés.
Voici les risques propres au secteur, la façon de découper ses unités de travail quand tout le monde touche à tout, et le point qui met le plus d’établissements en difficulté : les apprentis.
L’essentiel en 30 secondes
- HACCP ≠ DUERP : l’un protège le client, l’autre les salariés.
- Trio de tête : coupures, brûlures, chutes de plain-pied.
- Les moins de 18 ans ne peuvent pas tout faire : régime des travaux réglementés.
- Saisonniers et extras figurent dans l’évaluation comme les permanents.
- Incivilités et agressions : des risques professionnels, pas des désagréments.
DUERP en restauration : découper par zone, pas par intitulé
Dans un établissement, chacun met la main partout. Le découpage utile n’est donc pas la fiche de poste mais la zone et le moment.
| Découpage inutile | Découpage exploitable |
|---|---|
| « Le personnel de salle » | Service midi / service soir / mise en place / débarrassage |
| « La cuisine » | Chaud / froid / plonge / réception des marchandises |
| « L’hôtel » | Étages et ménage / réception / petit-déjeuner / lingerie |
| « Les extras » | Rattachés à la zone où ils interviennent réellement |
Un plongeur et un cuisinier du chaud ne subissent ni les mêmes brûlures, ni les mêmes produits, ni la même chaleur. Les mettre dans la même unité rend l’évaluation inexploitable.

Les risques propres au secteur
1. Coupures, brûlures, machines
Couteaux, trancheuse, hachoir, robot, friteuse, four, plaque, cafetière, lave-vaisselle. À évaluer machine par machine : protections en place, notice disponible, consignation avant nettoyage, et surtout qui a le droit de s’en servir.
2. Chutes de plain-pied
Premier poste d’accidents du secteur, très loin devant l’image qu’on s’en fait. Sols gras ou mouillés, allers-retours en charge, escaliers de cave, zones de passage encombrées, éclairage insuffisant en réserve. Les mesures sont connues : revêtement adapté, chaussures antidérapantes fournies, nettoyage immédiat, dégagement des circulations.
3. Manutention et TMS
Port de plateaux et de casiers, gestes répétitifs en plonge et en découpe, station debout prolongée, port de charges à la réception des marchandises. Le secteur cumule les postures contraignantes et l’intensité.
4. Chaleur, bruit et produits
- Chaleur en cuisine : elle relève désormais du chapitre dédié du Code du travail. Voir fortes chaleurs au travail.
- Bruit : extraction, machines, salle bruyante en service, sonorisation.
- Produits chimiques : dégraissants, détartrants, produits de lave-vaisselle. Les fiches de données de sécurité doivent être accessibles là où l’on utilise le produit, pas au bureau.
5. Horaires et relation client
Horaires coupés, travail de nuit, week-ends et jours fériés, saisonnalité. À croiser avec l’exposition aux incivilités et aux agressions, y compris liées à l’alcool. Ce sont des risques professionnels, et ils s’évaluent : organisation de la fermeture, travail seul le soir, procédure d’alerte, conduite à tenir.
« Ça fait partie du métier » n’est pas une mesure de prévention. C’est la phrase qui explique pourquoi les incivilités n’apparaissent dans presque aucun document unique du secteur.
Le point qui met le plus d’établissements en difficulté : les jeunes
Les moins de 18 ans, apprentis compris, ne peuvent pas effectuer certains travaux : utilisation de machines dangereuses, exposition à certains agents chimiques, travaux en hauteur, conduite d’équipements. Ces travaux sont réglementés, et leur affectation suppose une procédure de dérogation encadrée, avec information de l’inspection du travail.
Trois conditions à réunir :
- Le jeune a été formé à la sécurité sur le poste, et l’encadrement est assuré.
- Les équipements sont conformes et les protections en place.
- Un avis médical d’aptitude a été délivré.
C’est aussi ce qui rend l’accueil sécurité particulièrement critique dans ce secteur, où l’on accueille beaucoup de jeunes et de saisonniers, souvent en pleine saison.
HACCP et document unique : la distinction à tenir
| HACCP | Document unique | |
|---|---|---|
| Protège | Le consommateur | Les salariés |
| Objet | Sécurité sanitaire des aliments | Risques professionnels |
| Contrôle | Services vétérinaires, répression des fraudes | Inspection du travail, service de prévention |
| Dispense de l’autre ? | Non | Non |
Avoir un plan de maîtrise sanitaire irréprochable et aucun document unique est une situation fréquente, et parfaitement indéfendable en cas d’accident.
Les erreurs qui reviennent
- Un modèle générique téléchargé, jamais adapté à l’établissement.
- Les extras et saisonniers absents de l’évaluation, alors qu’ils sont les plus exposés.
- Aucune trace des incivilités ni de la conduite à tenir.
- Le service du soir traité comme celui du midi, alors que les risques diffèrent.
- Pas de plan d’actions : le document existe, rien ne s’ensuit. Voir le programme annuel de prévention.
Un document unique qui tient en pleine saison
Unités de travail par zone et par service, risques du secteur couverts, plan d’actions daté et versions conservées.
Questions fréquentes
L’HACCP remplace-t-il le document unique ?
Non. L’HACCP relève de la sécurité sanitaire des aliments et protège le consommateur. Le document unique relève du Code du travail et protège les salariés. Les deux sont obligatoires et aucun ne dispense de l’autre.
Un restaurant de trois salariés doit-il en avoir un ?
Oui, dès le premier salarié. L’effectif ne change pas l’obligation : il change seulement la forme du plan d’actions et la fréquence de mise à jour, annuelle à partir de onze salariés.
Quel est le premier risque du secteur ?
Les chutes de plain-pied, devant les coupures et les brûlures. Sols gras ou mouillés, déplacements en charge, escaliers de cave, circulations encombrées : les mesures sont simples et rarement mises en place.
Les apprentis peuvent-ils utiliser la trancheuse ?
Les moins de 18 ans relèvent du régime des travaux réglementés. L’affectation à certains travaux suppose une procédure de dérogation encadrée, une formation à la sécurité, un encadrement, des équipements conformes et un avis médical d’aptitude.
Faut-il inclure les extras et les saisonniers ?
Oui. Ils travaillent sur vos postes, souvent en période de forte activité et avec une connaissance limitée des lieux : ce sont les plus exposés. Ils figurent au registre unique du personnel comme dans l’évaluation.
Les incivilités de la clientèle relèvent-elles du DUERP ?
Oui. Les agressions verbales et physiques sont des risques professionnels à évaluer et à prévenir : organisation de la fermeture, travail seul le soir, procédure d’alerte, conduite à tenir et accompagnement après incident.
À quelle fréquence le mettre à jour ?
Au moins une fois par an à partir de onze salariés, et à chaque changement notable : nouvel équipement, nouvelle carte impliquant d’autres process, réaménagement de la cuisine, accident significatif.
La chaleur en cuisine doit-elle y figurer ?
Oui. Depuis le décret du 27 mai 2025, l’exposition aux épisodes de chaleur intense s’évalue en intérieur comme en extérieur, avec des mesures préparées à l’avance et déclenchées sur les seuils de vigilance.
Sources officielles
Cet article s’appuie sur les textes du Code du travail cités au fil de la page (articles L4121-1 à L4121-3, R4121-1 et R4121-2, D4153-15 et suivants pour les travaux réglementés des jeunes, R4463-1 et suivants pour la chaleur) et sur les ressources publiques ci-dessous. La réglementation évolue : vérifiez toujours l’information à jour.
- INRS – Restauration et hôtellerie
- INRS – Chutes de plain-pied
- Ministère du Travail – Le document unique d’évaluation des risques
À retenir
- HACCP et DUERP sont deux obligations distinctes.
- Découper par zone et par service, pas par intitulé de poste.
- Chutes de plain-pied en tête, devant coupures et brûlures.
- Les moins de 18 ans relèvent des travaux réglementés.
- Incivilités et agressions : à évaluer comme tout autre risque.
Fondateur d'Integraall, marque de Ça Des Boîtes - AURA, organisme de formation déclaré auprès de la DREETS Auvergne-Rhône-Alpes (NDA 84692686569). Il conduit lui-même les démarches DUERP, PAPRIPACT et QVCT auprès des entreprises accompagnées.
Notre exigence Nos résultats


