Depuis le décret du 27 mai 2025, les fortes chaleurs au travail ne sont plus une question de bon sens : c’est un chapitre entier du Code du travail. Les articles R4463-1 à R4463-8 imposent d’évaluer le risque, de préparer les mesures à l’avance et de les déclencher dès que Météo-France active un seuil de vigilance.
Ce qui change vraiment, ce n’est pas l’obligation de donner de l’eau, qui existait déjà. C’est que la chaleur doit désormais figurer dans votre document unique, avec un plan écrit qui dit qui fait quoi quand la température monte.
L’essentiel en 30 secondes
- Décret n° 2025-482 du 27 mai 2025, articles R4463-1 à R4463-8.
- Le risque chaleur s’évalue dans le DUERP, en intérieur comme en extérieur.
- Déclenchement sur les seuils de vigilance Météo-France (jaune, orange, rouge).
- Eau potable fraîche à proximité des postes, maintenue au frais toute la journée.
- Travailleurs vulnérables : mesures adaptées avec le service de prévention et de santé au travail.
Fortes chaleurs au travail : ce que le décret impose
Le texte crée un chapitre dédié à la prévention des risques liés aux épisodes de chaleur intense. Il ne fixe pas une température au-delà de laquelle on arrête de travailler : il impose une démarche, comme pour tous les autres risques.
| Obligation | Ce que cela veut dire concrètement |
|---|---|
| Évaluer | Le risque chaleur entre dans le document unique, par unité de travail, en intérieur et en extérieur |
| Planifier | Des mesures définies à l’avance, pas improvisées le jour de la canicule |
| Déclencher | Les mesures s’appliquent dès l’activation d’un seuil de vigilance, et s’intensifient avec la chaleur |
| Hydrater | Eau potable fraîche en quantité suffisante, maintenue au frais, à proximité des postes |
| Protéger les plus exposés | Adaptation pour les personnes vulnérables, en lien avec le service de santé au travail |
| Informer et former | Conduite à tenir en cas de forte chaleur, et bon usage des équipements et des EPI |
Le point le plus souvent manqué est le troisième mot de la colonne de gauche : planifier. Un employeur qui distribue des bouteilles d’eau un jour d’alerte sans rien avoir écrit dans son document unique n’est pas en conformité, même s’il a fait ce qu’il fallait sur le moment.

Les mesures qui figurent réellement dans un plan qui tient
Le décret ne dresse pas de liste fermée : il vous laisse choisir les mesures adaptées à votre activité. Celles qui reviennent systématiquement dans les plans sérieux :
- Décaler les horaires pour sortir les tâches lourdes des heures les plus chaudes.
- Augmenter la fréquence des pauses et prévoir un local ou une zone d’ombre réellement plus frais.
- Reporter ou alléger les tâches physiquement exigeantes, et réduire le port de charges.
- Limiter le travail isolé : le coup de chaleur se repère de l’extérieur, rarement par la personne concernée.
- Adapter les EPI : un équipement imperméable double la contrainte thermique.
- Ventiler, occulter, rafraîchir les locaux, et traiter les postes proches d’une source de chaleur.
- Désigner qui décide de l’arrêt d’une tâche, et le dire à l’équipe avant l’été.
Le coup de chaleur est une urgence vitale. Il n’annonce pas toujours : confusion, propos incohérents, arrêt de la sudation, peau brûlante et sèche. On appelle le 15 immédiatement.
Les obligations qui existaient déjà et qu’on oublie
Le décret de 2025 vient s’ajouter à des règles anciennes, toujours applicables :
- Eau potable et fraîche à disposition pour la boisson (article R4225-2).
- Aération des locaux pour éviter l’air vicié et les élévations de température (articles R4222-1 et suivants).
- Sur les chantiers : au moins trois litres d’eau par jour et par travailleur, et un local ou un aménagement permettant de se restaurer à l’abri (articles R4534-142 et suivants).
- Le droit de retrait reste ouvert si un salarié a un motif raisonnable de penser que la situation présente un danger grave et imminent. Voir danger grave et imminent.
Comment s’y prendre, dans l’ordre
- Repérer les unités de travail exposées. Extérieur évident, mais aussi cuisines, buanderies, ateliers avec four ou presse, combles, véhicules, entrepôts sous bardage métallique.
- Mesurer. Un thermomètre à quelques euros dans trois zones pendant une semaine d’été vaut mieux qu’une estimation.
- Écrire les mesures par palier, calées sur les niveaux de vigilance, et les inscrire au document unique.
- Informer et former avant la saison, pas pendant l’alerte : signes du coup de chaleur, conduite à tenir, qui prévenir.
- Consulter le CSE et le service de prévention et de santé au travail sur le plan retenu.
- Faire le bilan après l’été, et corriger. Voir quand mettre à jour son DUERP.
Les mesures retenues rejoignent ensuite votre programme annuel de prévention si vous employez au moins 50 salariés, ou la liste d’actions consignée dans le document unique en dessous.
Un plan chaleur qui tient avant l’alerte
Évaluation du risque par unité de travail, mesures par palier de vigilance, et report automatique dans votre document unique.
Questions fréquentes
Existe-t-il une température au-delà de laquelle il faut arrêter le travail ?
Non, le Code du travail ne fixe aucun seuil chiffré d’arrêt. Il impose d’évaluer le risque et de prendre les mesures nécessaires. En revanche, le déclenchement des mesures est indexé sur les seuils de vigilance de Météo-France, et l’employeur doit pouvoir justifier de ce qu’il a fait à chaque palier.
Le risque chaleur doit-il figurer dans le DUERP ?
Oui. C’est l’apport central du décret du 27 mai 2025 : l’exposition aux épisodes de chaleur intense s’évalue comme tout autre risque, par unité de travail, en intérieur comme en extérieur, avec les mesures de prévention associées.
Quelle quantité d’eau faut-il fournir ?
Le texte général parle d’une quantité suffisante d’eau potable fraîche, avec un moyen de la maintenir au frais toute la journée à proximité des postes. Sur les chantiers du bâtiment, le Code fixe un minimum de trois litres par jour et par travailleur.
Les bureaux climatisés sont-ils concernés ?
Oui, l’évaluation porte sur toutes les unités de travail. Un plateau bien climatisé sortira du sujet, mais l’évaluation doit avoir été faite, et les postes exposés du même bâtiment (accueil vitré, local technique, cuisine) ne le sont pas forcément.
Qui sont les travailleurs vulnérables ?
Le texte vise les personnes particulièrement exposées pour des raisons tenant notamment à l’âge ou à l’état de santé. Quand l’employeur en est informé, il adapte les mesures en liaison avec le service de prévention et de santé au travail, sans avoir à connaître le détail médical.
Un salarié peut-il refuser de travailler à cause de la chaleur ?
Le droit de retrait s’exerce si le salarié a un motif raisonnable de penser que la situation présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé. La chaleur peut constituer un tel danger selon l’activité, l’effort demandé et l’état de la personne : cela s’apprécie au cas par cas.
Faut-il consulter le CSE ?
Oui, dès 50 salariés le CSE est consulté sur les mesures affectant les conditions de travail et sur le programme annuel de prévention. En dessous, l’associer reste la meilleure façon de rendre le plan applicable sur le terrain.
Quels sont les signes d’un coup de chaleur ?
Maux de tête, nausées, vertiges, crampes, puis confusion, propos incohérents, arrêt de la sudation et peau brûlante et sèche. C’est une urgence vitale : appeler le 15, mettre à l’ombre, refroidir et ne jamais laisser la personne seule.
Sources officielles
Cet article s’appuie sur les textes cités au fil de la page (décret n° 2025-482 du 27 mai 2025, articles R4463-1 à R4463-8, R4225-2, R4222-1 et suivants, R4534-142 et suivants du Code du travail) et sur les ressources publiques ci-dessous. La réglementation évolue : vérifiez toujours l’information à jour.
- Légifrance – Décret n° 2025-482 du 27 mai 2025
- Légifrance – Articles R4463-1 à R4463-8 du Code du travail
- Ministère du Travail – Fortes chaleurs et mesures de prévention
- INRS – Travail à la chaleur
À retenir
- Le risque chaleur s’évalue au DUERP, intérieur compris.
- Les mesures se préparent avant la saison, par palier de vigilance.
- Eau fraîche à proximité des postes, maintenue au frais toute la journée.
- 3 litres par jour et par travailleur sur les chantiers.
- Le coup de chaleur est une urgence vitale : 15, ombre, refroidissement.
Fondateur d'Integraall, marque de Ça Des Boîtes - AURA, organisme de formation déclaré auprès de la DREETS Auvergne-Rhône-Alpes (NDA 84692686569). Il conduit lui-même les démarches DUERP, PAPRIPACT et QVCT auprès des entreprises accompagnées.
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