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DUERP dans le BTP : les risques à ne pas oublier

Le chantier change tous les mois, pas le document unique. Comment découper ses unités de travail quand rien n'est fixe, et la confusion à ne pas commettre avec le PPSPS.

Par Johann Candelier Publié le 8 min de lecture

DUERP dans le BTP : ouvriers en activité sur un chantier

Le DUERP dans le BTP échoue presque toujours sur la même chose : il décrit une entreprise, alors que le risque est sur le chantier. Et le chantier change tous les mois, parfois toutes les semaines.

C’est ce qui rend l’exercice à la fois plus difficile et plus utile qu’ailleurs. Voici comment découper ses unités de travail quand rien n’est fixe, les risques propres au secteur, et la confusion à ne surtout pas commettre entre le document unique et le PPSPS.

L’essentiel en 30 secondes

  • Découper par métier et type de chantier, pas par service.
  • Chutes de hauteur : première cause d’accidents graves et mortels du secteur.
  • Le PPSPS ne remplace pas le DUERP : ce sont deux documents distincts.
  • Co-activité : le risque créé par les autres entreprises doit être évalué.
  • Amiante, silice, bruit, intempéries : les expositions à tracer sur 40 ans.

DUERP dans le BTP : découper quand rien n’est fixe

Un découpage par site n’a pas de sens quand les sites changent. Ce qui reste stable, ce sont les métiers et les types d’opérations. C’est donc là qu’il faut poser les unités de travail.

Découpage inutile Découpage exploitable
« Chantier de la rue X » Gros œuvre / second œuvre / finitions
« Les ouvriers » Maçonnerie / couverture / électricité / plomberie
« Le personnel » Conduite d’engins / travaux en hauteur / dépôt et atelier
« Les bureaux » Encadrement de chantier (avec ses trajets et ses visites)

Chaque unité reçoit ensuite un complément par type de chantier : neuf, rénovation, intervention chez le particulier, travaux en site occupé. Une rénovation dans un bâtiment ancien n’expose pas aux mêmes risques qu’une construction neuve.

DUERP dans le BTP : travail en hauteur sur structure métallique
Chutes de hauteur : protection collective avant protection individuelle.

Les risques propres au secteur

1. Les chutes de hauteur

Première cause d’accidents graves et mortels dans le BTP. À évaluer poste par poste et opération par opération : échafaudages, toitures, trémies, échelles, nacelles, travaux sur charpente.

Le point qui fait la différence dans une évaluation sérieuse : la protection collective avant la protection individuelle. C’est le huitième principe général de prévention, et c’est ce que regarde l’inspection. Un harnais mentionné à la place d’un garde-corps est un signal.

2. Les manutentions et les TMS

Port de charges, postures contraignantes, gestes répétitifs, vibrations transmises par les engins et les outils portatifs. Le secteur cumule les quatre. À croiser avec le vieillissement des équipes, qui est une réalité du BTP.

3. Les agents chimiques et les poussières

  • Amiante : dès qu’il y a rénovation ou démolition d’un bâtiment ancien, avec un régime distinct selon qu’il s’agit de retrait ou d’intervention sur matériaux susceptibles d’en libérer.
  • Silice cristalline : sciage, ponçage, perçage de béton et de pierre. C’est un agent classé cancérogène lorsqu’il est inhalé sous forme de poussière alvéolaire.
  • Produits : colles, résines, solvants, ciments. Chaque fiche de données de sécurité doit être accessible sur le chantier, pas au dépôt.

4. Les engins et la circulation

Renversement, heurt de piéton, angles morts, co-activité engin-personnel. L’autorisation de conduite délivrée par l’employeur après CACES et la vérification périodique des engins se tracent au registre de sécurité.

5. Le bruit, les intempéries et la chaleur

Le bruit se mesure et déclenche des obligations à partir de seuils précis. Quant à la chaleur, elle relève depuis le décret du 27 mai 2025 d’un chapitre dédié du Code du travail, avec des mesures à préparer avant l’été : voir fortes chaleurs au travail. Rappelons que sur les chantiers, l’employeur doit mettre à disposition au moins trois litres d’eau par jour et par travailleur.

La confusion qui coûte cher : DUERP et PPSPS

Un PPSPS parfait ne dispense d’aucun document unique. L’un décrit ce que votre entreprise fait sur une opération donnée ; l’autre décrit tous les risques auxquels vos salariés sont exposés, partout.

DUERP PPSPS
Portée Toute l’entreprise, en permanence Une opération précise
Déclencheur Le premier salarié L’intervention sur un chantier soumis à coordination
Destinataire Travailleurs, CSE, service de santé au travail, inspection Coordonnateur SPS, maître d’ouvrage
Durée de vie Permanente, versions conservées 40 ans La durée du chantier

En pratique, le bon réflexe est l’inverse de celui qu’on voit : c’est le document unique qui alimente le PPSPS, pas le PPSPS qui tient lieu de document unique.

La co-activité, le risque que personne n’évalue

Sur un chantier, une part importante des accidents ne vient pas de votre propre activité mais de celle des autres : une charge levée au-dessus d’un poste, une tranchée ouverte la veille, un échafaudage démonté sans prévenir.

Ce risque doit figurer dans votre évaluation, avec les mesures que vous pouvez prendre : repérage à l’arrivée, point quotidien, règle de balisage, remontée immédiate au coordonnateur. Le fait qu’un autre en soit à l’origine ne vous exonère pas d’y avoir pensé.

Les erreurs les plus fréquentes

  • Un modèle de DUERP BTP acheté et jamais adapté aux chantiers réellement réalisés.
  • Aucune mise à jour quand l’entreprise prend un type de chantier qu’elle ne faisait pas : c’est pourtant un changement notable. Voir quand mettre à jour son DUERP.
  • Les intérimaires oubliés, alors qu’ils sont surexposés et que la formation renforcée les concerne.
  • Les expositions non tracées : amiante, silice, bruit. Ce sont celles qu’on cherchera dans trente ans.
  • Un plan d’actions absent. À partir de 50 salariés, il prend la forme d’un programme annuel de prévention ; en dessous, une liste d’actions consignée suffit, mais elle doit exister.

Un document unique qui suit vos chantiers

Unités de travail par métier et par type d’opération, expositions tracées, plan d’actions daté et versions conservées quarante ans.

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Questions fréquentes

Une entreprise du BTP doit-elle avoir un DUERP ?

Oui, dès le premier salarié, comme tout employeur. La taille ne change pas l’obligation, seulement la forme du plan d’actions qui en découle.

Le PPSPS remplace-t-il le document unique ?

Non. Le plan particulier de sécurité et de protection de la santé porte sur une opération donnée et s’adresse au coordonnateur. Le document unique couvre toute l’activité de l’entreprise, en permanence. C’est le DUERP qui alimente le PPSPS, pas l’inverse.

Comment découper les unités de travail quand les chantiers changent ?

Par métier et par type d’opération, pas par site. Gros œuvre, second œuvre, conduite d’engins, travaux en hauteur, dépôt : ces catégories restent stables même quand l’adresse du chantier change chaque mois.

Faut-il mettre à jour le DUERP à chaque nouveau chantier ?

Pas systématiquement. La mise à jour s’impose au moins une fois par an à partir de onze salariés, et à chaque changement notable : nouveau type de travaux, nouvel équipement, nouvelle technique, accident significatif. Un chantier de plus du même type n’est pas un changement notable.

Quel est le premier risque à traiter ?

Les chutes de hauteur, première cause d’accidents graves et mortels du secteur. Et en priorité sous l’angle de la protection collective : le garde-corps avant le harnais, conformément aux principes généraux de prévention.

Comment traiter la co-activité ?

En l’évaluant comme un risque à part entière, avec les mesures que vous pouvez prendre vous-même : repérage à l’arrivée sur site, point quotidien, règles de balisage, remontée au coordonnateur. Le fait qu’une autre entreprise en soit à l’origine ne vous dispense pas d’y avoir pensé.

Faut-il tracer les expositions à l’amiante et à la silice ?

Oui, et c’est l’un des enjeux majeurs du secteur. Les versions successives du document unique se conservent au moins quarante ans, précisément pour permettre d’établir plus tard à quoi une personne a été exposée.

Les intérimaires doivent-ils y figurer ?

Oui. Ils travaillent sur vos postes et sont statistiquement surexposés. Ils relèvent en outre de la formation renforcée à la sécurité sur les postes à risques particuliers, sous peine de présomption de faute inexcusable en cas d’accident.

Sources officielles

Cet article s’appuie sur les textes du Code du travail cités au fil de la page (articles L4121-1 à L4121-3, R4121-1 et R4121-2, L4532-1 et suivants pour la coordination SPS, R4534-1 et suivants pour les dispositions BTP, R4412-94 et suivants pour l’amiante) et sur les ressources publiques ci-dessous. La réglementation évolue : vérifiez toujours l’information à jour.

À retenir

  • Découper par métier et type d’opération, jamais par adresse de chantier.
  • Chutes de hauteur d’abord, et protection collective avant individuelle.
  • Le PPSPS ne remplace pas le document unique.
  • La co-activité est un risque à évaluer, même quand elle vient des autres.
  • Tracer les expositions : amiante, silice, bruit, sur quarante ans.
Johann Candelier

Fondateur d'Integraall, marque de Ça Des Boîtes - AURA, organisme de formation déclaré auprès de la DREETS Auvergne-Rhône-Alpes (NDA 84692686569). Il conduit lui-même les démarches DUERP, PAPRIPACT et QVCT auprès des entreprises accompagnées.

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