Le DUERP coiffure passe presque toujours à côté du risque principal du métier : les mains et les voies respiratoires. L’eczéma des mains et l’asthme sont des maladies professionnelles reconnues dans ce secteur, et pourtant les documents uniques y parlent surtout de chutes et de coupures.
C’est d’autant plus dommage que les mesures existent, coûtent peu, et sont efficaces. Voici comment évaluer un salon, coiffure comme esthétique.
L’essentiel en 30 secondes
- Dermatoses et asthme : maladies professionnelles reconnues du secteur.
- Gants nitrile, pas latex : le latex est lui-même allergisant.
- Ventilation de la zone technique et des bacs : la mesure la plus rentable.
- TMS d’épaule et de poignet, plus la station debout prolongée.
- Apprentis : régime des travaux réglementés sur les produits classés.
DUERP coiffure : découper par activité, pas par personne
| Découpage inutile | Découpage exploitable |
|---|---|
| « Les coiffeurs » | Technique (coloration, décoloration, permanente) / coupe et brushing / bac |
| « L’institut » | Soins visage et corps / ongles et résines / épilation / vente |
| « Le salon » | Espace client / laboratoire technique / réserve et entretien |
| « Les apprentis » | Rattachés à l’activité réelle, avec le régime des travaux réglementés |
Le premier découpage est le plus utile : c’est au poste technique que se concentre l’exposition chimique, et c’est souvent le poste des plus jeunes.

Le risque principal : les mains et les poumons
Une apprentie qui a les mains abîmées au bout de six mois n’a pas « la peau fragile ». Elle présente les premiers signes d’une dermatose de contact, et c’est réversible si on agit tôt.
Les dermatoses allergiques et les rhinites et asthmes professionnels figurent aux tableaux de maladies professionnelles, et les produits de coiffure y sont expressément visés. Concrètement :
- Les persulfates des poudres décolorantes sont une cause documentée d’asthme professionnel.
- Les colorants d’oxydation provoquent des eczémas de contact, chez la coiffeuse comme chez la cliente.
- En esthétique, les résines et méthacrylates pour ongles produisent des allergies durables.
- Le travail en milieu humide prolongé – shampooings répétés – abîme la barrière cutanée et prépare le terrain.
Les quatre mesures qui marchent
- Des gants adaptés : nitrile à usage unique, jamais de latex, qui est lui-même un allergène majeur. Et des gants assez longs pour les shampooings.
- Une ventilation efficace de la zone technique et des bacs. C’est la mesure la plus rentable du secteur, et la moins mise en place.
- Sécher les mains soigneusement et utiliser une crème barrière : la peau humide absorbe davantage.
- Préparer les mélanges au bon endroit, avec des dosettes plutôt qu’un pesage à l’air libre, et sans jamais transvaser dans un contenant non étiqueté.
À cela s’ajoute une règle simple : la fiche de données de sécurité de chaque produit doit être accessible dans le salon, pas chez le fournisseur.
Les TMS et la station debout
Le métier cumule trois contraintes durables :
- Bras levés prolongés à la coupe et au brushing : tendinopathies d’épaule caractéristiques.
- Poignets sollicités par le ciseau, la brosse et le sèche-cheveux.
- Station debout quasi permanente, souvent sur sol dur, avec peu de possibilité de s’asseoir.
Les mesures sont connues : siège réglable pour le client permettant d’ajuster la hauteur de travail, tabouret assis-debout au bac et à la technique, tapis anti-fatigue, et surtout alternance des tâches dans la journée plutôt que trois brushings d’affilée. Voir ergonomie au poste de travail et prévenir les TMS.
Les autres risques du salon
| Risque | Où il se trouve |
|---|---|
| Chutes de plain-pied | Sols mouillés au bac, cheveux au sol, câbles d’appareils |
| Brûlures et coupures | Fers, lisseurs, casques, ciseaux et rasoirs |
| Bruit | Sèche-cheveux en usage prolongé, musique d’ambiance cumulée |
| Électrique | Appareils en milieu humide, multiprises, cordons abîmés |
| Incivilités | Réclamations sur une prestation, fermeture tardive, travail seul |
| Horaires | Amplitudes, samedis, journées sans réelle pause |
Le dernier point mérite d’être posé : dans beaucoup de salons, la pause déjeuner n’existe pas vraiment. Or il est interdit de laisser les salariés prendre leur repas dans les locaux affectés au travail. Voir diététique en entreprise.
Le cas des apprentis
Le secteur en accueille beaucoup, et souvent aux postes les plus exposés. Les moins de 18 ans relèvent du régime des travaux réglementés, qui vise notamment l’exposition à certains agents chimiques classés.
Trois conditions à réunir : une procédure de dérogation encadrée avec information de l’inspection du travail, une formation à la sécurité sur le poste avec encadrement, et un avis médical d’aptitude.
C’est un point de contrôle fréquent, et c’est aussi une question de bon sens : mettre les plus jeunes au poste technique sans protection ni ventilation est la meilleure façon de produire une allergie qui mettra fin à leur carrière avant vingt-cinq ans.
Les erreurs qui reviennent
- Le risque chimique résumé à une ligne, sans inventaire ni fiches accessibles.
- Des gants en latex fournis de bonne foi, alors qu’ils aggravent le problème.
- Aucune ventilation spécifique à la zone technique.
- Les plaintes cutanées traitées comme une fragilité personnelle plutôt que comme un signal.
- Pas de plan d’actions : la liste des actions doit être consignée dans le document unique.
Un document unique qui traite le vrai risque
Unités de travail par activité, inventaire des produits et fiches accessibles, mesures de protection et plan d’actions daté.
Questions fréquentes
Quel est le principal risque en coiffure ?
Le risque chimique, par la peau et par les voies respiratoires. Les dermatoses allergiques et les asthmes professionnels figurent aux tableaux de maladies professionnelles, et les produits de coiffure y sont expressément visés.
Quels gants faut-il fournir ?
Des gants nitrile à usage unique, assez longs pour les shampooings. Surtout pas de latex : il est lui-même un allergène majeur et aggrave le problème qu’on cherche à éviter.
Faut-il ventiler le salon ?
Oui, et en particulier la zone technique et les bacs. C’est la mesure la plus efficace du secteur au regard de son coût, et c’est aussi celle qu’on trouve le moins souvent.
Que faire face à des mains abîmées ?
Le traiter comme un signal, pas comme une fragilité personnelle. Orientation vers le service de prévention et de santé au travail, revue des gants et de la ventilation, et adaptation temporaire du poste. Pris tôt, c’est réversible.
Les apprentis peuvent-ils préparer les colorations ?
Les moins de 18 ans relèvent du régime des travaux réglementés pour l’exposition à certains agents chimiques. L’affectation suppose une procédure de dérogation encadrée, une formation à la sécurité, un encadrement et un avis médical d’aptitude.
Comment réduire les TMS d’épaule ?
Par la hauteur de travail – siège client réglable – et surtout par l’alternance des tâches dans la journée. Trois brushings d’affilée produisent bien plus de contrainte que les mêmes trois répartis.
Le bruit est-il un sujet ?
Il peut l’être : un sèche-cheveux en usage prolongé, cumulé à la musique d’ambiance, approche des seuils déclenchant l’action. Si vous devez élever la voix pour parler à un mètre, un mesurage se justifie.
Un salon de deux personnes doit-il avoir un DUERP ?
Oui, dès le premier salarié. L’effectif ne change pas l’obligation : il change la forme du plan d’actions et la fréquence de mise à jour, annuelle à partir de onze salariés.
Sources officielles
Cet article s’appuie sur les textes du Code du travail cités au fil de la page (articles L4121-1 à L4121-3, R4121-1 et R4121-2, R4412-1 et suivants pour les agents chimiques, R4222-1 et suivants pour l’aération, R4228-19 et suivants pour la restauration, D4153-15 et suivants pour les travaux réglementés des jeunes) et sur les ressources publiques ci-dessous. La réglementation évolue : vérifiez toujours l’information à jour.
- INRS – Coiffure
- INRS – Soins esthétiques
- INRS – Risques chimiques
- Ministère du Travail – Le document unique d’évaluation des risques
À retenir
- Le vrai risque, ce sont les mains et les poumons.
- Nitrile, jamais latex : le latex est lui-même allergisant.
- Ventiler la zone technique : la mesure la plus rentable.
- Alterner les tâches pour les épaules et les poignets.
- Des mains abîmées sont un signal, pas une fragilité personnelle.
Fondateur d'Integraall, marque de Ça Des Boîtes - AURA, organisme de formation déclaré auprès de la DREETS Auvergne-Rhône-Alpes (NDA 84692686569). Il conduit lui-même les démarches DUERP, PAPRIPACT et QVCT auprès des entreprises accompagnées.
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