Le DUERP propreté a une particularité qu’aucun autre secteur ne partage : presque tous vos salariés travaillent ailleurs que chez vous. Ils sont chez le client, souvent seuls, souvent avant ou après ses équipes, dans des locaux dont vous ne maîtrisez ni l’aménagement ni la circulation.
Un document unique qui décrit votre siège et vos bureaux ne décrit donc rien de ce que vos équipes vivent réellement. Voici comment le construire, et l’obligation qui va avec.
L’essentiel en 30 secondes
- L’évaluation porte sur les sites clients, pas sur votre siège.
- Plan de prévention quasi systématique : le seuil de 400 heures se franchit vite.
- Travail isolé et horaires décalés : la combinaison structurelle du secteur.
- Produits chimiques : la fiche de données de sécurité doit être là où l’on utilise.
- Fort renouvellement : l’accueil sécurité est la mesure la plus rentable.
DUERP propreté : découper par site, pas par contrat
| Découpage inutile | Découpage exploitable |
|---|---|
| « Les agents de service » | Bureaux / industrie / santé / copropriété : quatre expositions distinctes |
| « La vitrerie » | Vitrerie accessible du sol / en hauteur / sur nacelle |
| « Le personnel du matin » | Ouverture avant 7 h / journée en site occupé / fermeture après 20 h |
| « Les remplaçants » | Rattachés au site où ils interviennent réellement |
Le test : votre document permet-il de dire quels produits sont utilisés sur le site X, à quelle heure l’agent y est seul, et par où il sort en cas d’incendie ? Si non, il ne décrit pas le travail.

L’obligation qu’on oublie : le plan de prévention
Un agent à mi-temps sur un site client dépasse 400 heures en moins de six mois. Le plan de prévention écrit devient alors obligatoire, et il manque dans la majorité des dossiers.
Le régime des entreprises extérieures s’applique pleinement au secteur :
- Une inspection commune préalable est due à chaque fois, quelle que soit la durée du contrat.
- Le plan écrit devient obligatoire dès 400 heures sur douze mois, cumulées sur l’ensemble de vos salariés.
- Il l’est aussi, quelle que soit la durée, pour les travaux figurant sur la liste des travaux dangereux : hauteur, produits particuliers, espaces confinés.
- La coordination incombe à l’entreprise utilisatrice, mais c’est vous qui subissez les conséquences si elle n’a pas été faite.
En pratique, un plan de prévention par site client récurrent est le bon rythme, révisé quand les locaux, les horaires ou les produits changent.
Les risques propres au secteur
1. Les produits chimiques
Détergents, désinfectants, décapants, détartrants. Trois règles qui règlent l’essentiel :
- Aucun mélange, jamais. L’association d’un produit chloré et d’un produit acide dégage un gaz toxique, et c’est l’accident type du secteur.
- Aucun déconditionnement dans un contenant non étiqueté : la bouteille d’eau remplie de détergent est un accident qui attend.
- Fiche de données de sécurité accessible là où le produit est utilisé, pas au dépôt.
À croiser avec les réactions cutanées et respiratoires, fréquentes dans le métier et reconnaissables à leur régularité : mains abîmées, toux en fin de poste.
2. Le travail isolé et les horaires
Ouverture avant l’arrivée des équipes du client, fermeture après leur départ, sites vides, sous-sols, parkings. C’est la combinaison structurelle du secteur, et elle appelle les mesures décrites dans travail isolé : réduire l’isolement quand c’est possible, organiser l’alerte, et surtout savoir qui reçoit cette alerte à 6 h du matin.
3. Les TMS et la manutention
Gestes répétitifs, port du matériel, chariot dans des escaliers, aspirateur dorsal, travail bras levés. Le secteur cumule intensité et répétition : voir prévenir les TMS.
4. Les chutes
- De plain-pied : c’est le premier poste d’accidents, et la particularité du métier est que le sol mouillé est produit par l’agent lui-même. Signalisation, sens de nettoyage, chaussures adaptées.
- De hauteur : vitrerie, luminaires, escabeaux. La protection collective avant la protection individuelle, comme partout. Voir les obligations sur les EPI.
5. La route
Multi-sites, tournées serrées, véhicule chargé de matériel. Voir risque routier professionnel : c’est souvent le risque le plus grave, et le moins évalué.
Les populations qu’on oublie
| Situation | Ce qui s’applique |
|---|---|
| Temps partiel et multi-employeurs | L’amplitude cumulée sur la journée n’est pas visible depuis votre planning |
| Remplaçants et intérimaires | Formation renforcée sur les postes à risques particuliers |
| Reprise de marché | Salariés transférés qui découvrent un site sans accueil sécurité refait |
| Agents ne lisant pas le français | Consignes et étiquetage à traduire ou à imager |
La troisième ligne est spécifique au secteur et souvent négligée : une reprise de marché transfère des salariés, mais elle ne transfère ni la connaissance du site, ni l’accueil sécurité. Voir l’accueil d’un nouvel arrivant.
Un document unique qui décrit les sites, pas le siège
Unités de travail par type de site et par créneau, produits et plans de prévention rattachés, plan d’actions daté.
Questions fréquentes
Le DUERP doit-il couvrir les sites clients ?
Oui. L’évaluation porte sur les risques auxquels vos salariés sont réellement exposés, donc sur les lieux où ils travaillent. Un document qui ne décrit que votre siège ne remplit pas l’obligation.
Faut-il un plan de prévention pour chaque client ?
Une inspection commune préalable est due à chaque fois, sans seuil. Le plan écrit devient obligatoire dès 400 heures sur douze mois, cumulées sur l’ensemble de vos salariés, ou pour tout travail figurant sur la liste des travaux dangereux.
Comment découper les unités de travail ?
Par type de site et par créneau : bureaux, industrie, santé, copropriété, et ouverture, journée en site occupé, fermeture. Un agent seul à 6 h dans un immeuble vide et un agent en journée dans des bureaux occupés n’ont pas la même exposition.
Quel est le premier risque du secteur ?
Les chutes de plain-pied, avec une particularité : le sol mouillé est produit par l’agent lui-même. Signalisation, sens de nettoyage et chaussures adaptées sont des mesures simples et rarement systématisées.
Que faire des produits chimiques ?
Trois règles : aucun mélange, aucun déconditionnement dans un contenant non étiqueté, et fiche de données de sécurité accessible là où le produit est utilisé. Le mélange chloré-acide est l’accident type du métier.
Un agent peut-il travailler seul le soir ?
Cela s’évalue. Il n’existe pas d’interdiction générale, mais l’employeur doit avoir apprécié le risque, réduit l’isolement quand c’est possible, et organisé une alerte avec quelqu’un de réellement joignable au créneau concerné.
Et lors d’une reprise de marché ?
Le transfert des salariés ne transfère ni la connaissance du site, ni l’accueil sécurité. Un accueil doit être refait sur le nouveau périmètre, comme pour tout changement de poste ou de lieu de travail.
Comment gérer les agents ne lisant pas le français ?
Les consignes de sécurité doivent être comprises. Traduction, pictogrammes, démonstration sur place : l’obligation de formation à la sécurité suppose que le message passe, pas seulement qu’il ait été remis.
Sources officielles
Cet article s’appuie sur les textes du Code du travail cités au fil de la page (articles L4121-1 à L4121-3, R4121-1 et R4121-2, R4511-1 et suivants pour les entreprises extérieures, R4412-1 et suivants pour les agents chimiques, R4541-1 et suivants pour la manutention) et sur les ressources publiques ci-dessous. La réglementation évolue : vérifiez toujours l’information à jour.
- INRS – Propreté
- INRS – Chutes de plain-pied
- INRS – Risques chimiques
- Ministère du Travail – Le document unique d’évaluation des risques
À retenir
- L’évaluation porte sur les sites clients, pas sur votre siège.
- Plan de prévention dès 400 heures cumulées : presque toujours.
- Aucun mélange, aucun déconditionnement : les deux règles produits.
- Travail isolé à l’ouverture et à la fermeture : qui reçoit l’alerte ?
- Une reprise de marché impose de refaire l’accueil sécurité.
Fondateur d'Integraall, marque de Ça Des Boîtes - AURA, organisme de formation déclaré auprès de la DREETS Auvergne-Rhône-Alpes (NDA 84692686569). Il conduit lui-même les démarches DUERP, PAPRIPACT et QVCT auprès des entreprises accompagnées.
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