Le DUERP garage a un risque nouveau que la plupart des documents n’ont pas encore intégré : le véhicule électrique. Intervenir sur une batterie de traction, c’est travailler sur une installation à haute tension, et cela suppose une habilitation spécifique que le personnel n’a pas toujours.
À cela s’ajoutent les risques classiques du métier, dont deux que le secteur sous-estime durablement. Voici comment structurer l’évaluation d’un atelier.
L’essentiel en 30 secondes
- Véhicules électriques et hybrides : habilitation spécifique obligatoire.
- Ponts élévateurs : vérification générale périodique tracée, sans exception.
- Isocyanates en carrosserie et solvants : le risque chimique domine la sinistralité longue.
- Amiante encore présente sur les garnitures de véhicules anciens.
- Apprentis : régime des travaux réglementés, très présent dans le secteur.
DUERP garage : découper par zone d’atelier
| Découpage inutile | Découpage exploitable |
|---|---|
| « Les mécaniciens » | Mécanique légère / mécanique lourde / diagnostic électronique |
| « La carrosserie » | Tôlerie / préparation / cabine de peinture |
| « L’atelier » | Postes sur pont / postes au sol / fosse / zone de lavage |
| « Tout le monde » | Intervention sur véhicule thermique / sur véhicule électrique ou hybride |
La dernière ligne est celle qui manque presque partout, et c’est aujourd’hui la plus importante.

Le véhicule électrique, le risque qui change tout
Une batterie de traction reste sous tension même véhicule éteint. Ce n’est pas une intervention électrique ordinaire, et l’habilitation basse tension classique ne couvre pas ce travail.
Les points à traiter :
- Une habilitation spécifique aux véhicules électriques et hybrides, distincte de l’habilitation électrique classique, délivrée par l’employeur après formation adaptée.
- Une procédure de consignation écrite : mise hors tension, condamnation, vérification d’absence de tension, temps d’attente avant intervention.
- Des équipements dédiés : gants isolants adaptés à la tension, outillage isolé, matériel de balisage.
- Un balisage de la zone et l’interdiction d’approche pour le personnel non habilité.
- Une conduite à tenir en cas d’emballement thermique de batterie, avec les moyens correspondants.
Ces éléments se déclarent aussi au passeport de prévention lorsque la formation est dispensée en interne.
Les risques classiques, dont deux sous-estimés
1. Le risque chimique
C’est le premier poste de sinistralité longue du secteur, et le moins visible :
- Isocyanates en cabine de peinture, à l’origine d’asthmes professionnels reconnus. Cabine ventilée, protection respiratoire adaptée, et temps de séchage respecté.
- Solvants et dégraissants : exposition cutanée et respiratoire quotidienne.
- Huiles usagées et fluides, avec des composants classés.
- Fumées de soudage et poussières de ponçage.
La fiche de données de sécurité de chaque produit doit être accessible au poste, et non au bureau. Les postes exposés à des agents cancérogènes relèvent en outre d’un suivi renforcé et d’une traçabilité individuelle.
2. L’amiante
Sur les véhicules anciens, garnitures de frein et d’embrayage peuvent en contenir. Le démontage à l’air comprimé est à proscrire : c’est exactement le geste qui met des fibres en suspension. Aspiration à la source ou nettoyage humide, et procédure écrite.
3. Les équipements de levage
Ponts élévateurs, crics, chandelles, palans. Deux règles :
- Vérification générale périodique par une personne compétente, tracée au registre de sécurité. Voir les registres obligatoires.
- Jamais sous un véhicule soutenu par le seul cric. La chandelle n’est pas une option.
4. Le bruit, les TMS et les chutes
Compresseurs, meuleuses, tôlerie : les niveaux dépassent régulièrement les seuils. Voir bruit au travail. Les postures sous véhicule et bras levés produisent des TMS d’épaule caractéristiques, et les sols gras sont la cause classique des chutes de plain-pied.
Deux points spécifiques au secteur
| Point | Ce qu’il faut poser |
|---|---|
| Les apprentis | Régime des travaux réglementés : machines dangereuses, produits, levage. Procédure de dérogation, formation, encadrement, avis médical |
| Les clients dans l’atelier | Zone interdite, matérialisée. Un client qui suit son mécanicien est un accident en préparation |
Le second est banal et pourtant régulièrement à l’origine d’incidents : l’atelier n’est pas un espace de réception.
Les erreurs qui reviennent
- Le véhicule électrique absent du document unique, alors que le parc évolue vite.
- Des vérifications de ponts faites mais non tracées.
- Le risque chimique résumé à une ligne, sans inventaire ni fiches accessibles.
- Aucune procédure sur les garnitures de frein de véhicules anciens.
- Pas de plan d’actions : voir la trame de PAPRIPACT à partir de 50 salariés, ou la liste d’actions consignée en dessous.
Un document unique à jour du parc que vous réparez
Unités de travail par zone et par type de véhicule, habilitations suivies, vérifications tracées et plan d’actions daté.
Questions fréquentes
Faut-il une habilitation pour intervenir sur un véhicule électrique ?
Oui, une habilitation spécifique aux véhicules électriques et hybrides, distincte de l’habilitation électrique classique. Elle est délivrée par l’employeur après une formation adaptée, et suppose une procédure de consignation écrite.
Un pont élévateur doit-il être vérifié ?
Oui, par une vérification générale périodique réalisée par une personne compétente, consignée au registre de sécurité. Une vérification non tracée est réputée ne pas avoir eu lieu.
L’amiante concerne-t-elle encore les garages ?
Sur les véhicules anciens, garnitures de frein et d’embrayage peuvent en contenir. Le soufflage à l’air comprimé est à proscrire : aspiration à la source ou nettoyage humide, avec une procédure écrite.
Quel est le risque le plus sous-estimé ?
Le risque chimique, en particulier les isocyanates en cabine de peinture, à l’origine d’asthmes professionnels reconnus. Il ne provoque pas d’accident visible : il produit des maladies, des années plus tard.
Les apprentis peuvent-ils utiliser toutes les machines ?
Non. Les moins de 18 ans relèvent du régime des travaux réglementés : l’affectation suppose une procédure de dérogation encadrée, une formation à la sécurité, un encadrement, des équipements conformes et un avis médical d’aptitude.
Un client peut-il entrer dans l’atelier ?
C’est à proscrire. L’atelier n’est pas un espace de réception : zone interdite et matérialisée, accueil à l’extérieur de la zone de travail. Un client qui suit son mécanicien est un accident en préparation.
Faut-il mesurer le bruit ?
Dès qu’un dépassement des valeurs déclenchant l’action est probable, oui. Compresseurs, meuleuses et travaux de tôlerie dépassent régulièrement les seuils, et le mesurage conditionne les obligations qui suivent.
À quelle fréquence mettre à jour ?
Au moins une fois par an à partir de onze salariés, et à chaque changement notable : nouvelle activité, nouveau matériel, ouverture à la réparation de véhicules électriques, accident significatif.
Sources officielles
Cet article s’appuie sur les textes du Code du travail cités au fil de la page (articles L4121-1 à L4121-3, R4121-1 et R4121-2, R4323-22 et suivants pour les vérifications des équipements de travail, R4412-1 et suivants pour les agents chimiques, R4412-94 et suivants pour l’amiante, R4544-1 et suivants pour les opérations sur installations électriques, D4153-15 et suivants pour les travaux réglementés des jeunes) et sur les ressources publiques ci-dessous. La réglementation évolue : vérifiez toujours l’information à jour.
- INRS – Garages et réparation automobile
- INRS – Risques chimiques
- INRS – Bruit au travail
- Ministère du Travail – Le document unique d’évaluation des risques
À retenir
- Véhicules électriques : habilitation spécifique et consignation écrite.
- Ponts élévateurs vérifiés et tracés ; jamais sous un simple cric.
- Le risque chimique domine la sinistralité longue : inventaire et fiches au poste.
- Amiante sur véhicules anciens : pas d’air comprimé.
- Apprentis et clients dans l’atelier : deux points à poser par écrit.
Fondateur d'Integraall, marque de Ça Des Boîtes - AURA, organisme de formation déclaré auprès de la DREETS Auvergne-Rhône-Alpes (NDA 84692686569). Il conduit lui-même les démarches DUERP, PAPRIPACT et QVCT auprès des entreprises accompagnées.
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