Le bruit au travail est l’un des rares risques dont les seuils sont chiffrés dans le Code du travail, et l’un de ceux qu’on évalue encore « à l’oreille ». Trois niveaux déclenchent des obligations précises : 80, 85 et 87 décibels. Chacun impose des choses différentes.
Un repère simple pour situer : si vous devez élever la voix pour être compris à un mètre, vous êtes autour de 80 dB(A). Si vous devez crier, vous êtes autour de 85. Voici ce que la loi attend à chaque palier.
L’essentiel en 30 secondes
- 80 dB(A) : mise à disposition de protecteurs, information et formation.
- 85 dB(A) : port obligatoire, programme de réduction, zones signalées.
- 87 dB(A) : valeur limite, à ne jamais dépasser protecteurs portés.
- Deux paramètres : la moyenne sur 8 heures et le niveau de crête.
- La surdité professionnelle est irréversible et s’installe sans douleur.
Bruit au travail : les trois paliers
| Palier | Moyenne 8 h | Crête | Ce que ça déclenche |
|---|---|---|---|
| Valeurs inférieures | 80 dB(A) | 135 dB(C) | Protecteurs mis à disposition, information et formation, examen audiométrique préventif à la demande |
| Valeurs supérieures | 85 dB(A) | 137 dB(C) | Port obligatoire, programme de réduction, signalisation et limitation d’accès des zones, suivi individuel renforcé |
| Valeurs limites | 87 dB(A) | 140 dB(C) | Interdiction de dépassement, protecteurs pris en compte. Si dépassement : mesures immédiates |
Une subtilité qui change tout : les valeurs limites s’apprécient en tenant compte de l’atténuation des protecteurs, alors que les valeurs déclenchant l’action s’apprécient sans en tenir compte. Autrement dit, on ne peut pas se contenter de distribuer des bouchons pour descendre sous 85.

Mesurer, pas estimer
L’évaluation repose sur deux paramètres qui ne se remplacent pas :
- Le niveau d’exposition quotidienne, moyenne pondérée sur une journée de huit heures. C’est ce qui compte pour l’usure de l’audition.
- Le niveau de pression acoustique de crête, qui capte les bruits très courts et très intenses : choc, coup de marteau, air comprimé, détonation. Un seul pic peut abîmer durablement.
Une ligne de document unique qui dit « bruit : modéré » ne satisfait à rien. Le mesurage est réalisé par une personne compétente, il porte sur des situations de travail réelles, et il se renouvelle quand les conditions changent.
La surdité professionnelle ne fait pas mal, ne se voit pas, et ne se répare pas. Quand un salarié s’en aperçoit, la perte est déjà installée.
Réduire avant de protéger
Comme pour tous les risques, la hiérarchie s’applique : le protecteur individuel est le dernier recours, pas le premier réflexe. Voir les obligations sur les EPI.
- À la source : choix d’équipements moins bruyants à l’achat, maintenance (un roulement usé fait du bruit), remplacement des procédés les plus sonores.
- Sur la propagation : capotage des machines, écrans acoustiques, traitement acoustique des locaux, éloignement des postes.
- Sur l’organisation : limitation du temps d’exposition, rotation, isolement des opérations bruyantes dans le temps ou l’espace.
- Sur la personne : protecteurs individuels contre le bruit, adaptés et réellement portés.
À noter : l’employeur doit insonoriser dès leur conception les locaux destinés à recevoir des équipements susceptibles d’exposer au-delà de 85 dB(A). C’est au moment du projet que ça coûte le moins cher.
Les protecteurs, sans illusion
- Une atténuation trop forte est un problème : si le salarié n’entend plus les alarmes, les consignes ni l’approche d’un engin, vous avez déplacé le risque.
- Le confort décide du port réel. Bouchons moulés, arceaux, casques : proposez plusieurs modèles et laissez choisir.
- La compatibilité compte : casque de chantier, lunettes et protection auditive doivent aller ensemble.
- Le port intermittent annule presque tout le bénéfice : retirer sa protection dix minutes par heure dans un environnement à 95 dB réduit fortement l’efficacité.
Le suivi médical et la reconnaissance
Au-delà des valeurs supérieures déclenchant l’action, les travailleurs relèvent d’un suivi individuel renforcé. En dessous, à partir de 80 dB(A), un examen audiométrique préventif peut être proposé à la demande du travailleur ou du médecin du travail.
La surdité provoquée par les bruits lésionnels figure aux tableaux de maladies professionnelles. Un dossier de reconnaissance se joue sur les traces : mesurages datés, postes occupés, durées d’exposition. C’est aussi pour cela que les versions successives du document unique se conservent au moins quarante ans.
Des niveaux mesurés, des mesures qui suivent
Évaluation par unité de travail avec les mesurages rattachés aux postes, plan de réduction daté et expositions tracées.
Questions fréquentes
À partir de quel niveau faut-il agir ?
Dès 80 dB(A) en moyenne sur huit heures ou 135 dB(C) en crête : mise à disposition de protecteurs, information et formation. À 85 dB(A) ou 137 dB(C), le port devient obligatoire et un programme de réduction s’impose.
Quelle est la valeur limite ?
87 dB(A) en moyenne sur huit heures et 140 dB(C) en crête. Elle s’apprécie en tenant compte de l’atténuation apportée par les protecteurs, contrairement aux valeurs déclenchant l’action.
Peut-on estimer le bruit sans mesurer ?
Pour un premier repérage, oui : devoir élever la voix à un mètre situe autour de 80 dB(A), devoir crier autour de 85. Mais dès qu’un dépassement est probable, un mesurage par une personne compétente s’impose : c’est lui qui déclenche et justifie les obligations.
Distribuer des bouchons suffit-il ?
Non. Les valeurs déclenchant l’action s’apprécient sans tenir compte des protecteurs : la mise à disposition ne fait pas descendre le niveau d’exposition. La réduction doit être recherchée à la source, sur la propagation et dans l’organisation.
Faut-il signaler les zones bruyantes ?
Oui, au-delà des valeurs supérieures déclenchant l’action : les zones concernées sont signalées, délimitées et leur accès limité lorsque c’est techniquement faisable et que le risque le justifie.
Une protection trop atténuante pose-t-elle problème ?
Oui. Si le salarié n’entend plus les alarmes, les consignes ou l’approche d’un engin, le risque a simplement changé de nature. L’atténuation doit être adaptée au niveau réel, pas maximale.
Quel suivi médical ?
Un suivi individuel renforcé au-delà des valeurs supérieures déclenchant l’action. À partir de 80 dB(A), un examen audiométrique préventif peut être proposé à la demande du travailleur ou du médecin du travail.
La surdité professionnelle est-elle reconnue ?
Oui, elle figure aux tableaux de maladies professionnelles. Le dossier se joue sur les traces : mesurages datés, postes occupés et durées d’exposition, d’où l’importance de conserver les versions successives du document unique.
Sources officielles
Cet article s’appuie sur les textes du Code du travail cités au fil de la page (articles R4431-1 à R4437-4 pour la prévention des risques d’exposition au bruit, L4121-2 pour les principes généraux) et sur les ressources publiques ci-dessous. La réglementation évolue : vérifiez toujours l’information à jour.
- INRS – Bruit, réglementation
- INRS – Bruit au travail
- Légifrance – Prévention des risques d’exposition au bruit
À retenir
- Trois paliers : 80, 85 et 87 dB(A), plus les niveaux de crête.
- Les valeurs déclenchant l’action s’apprécient sans les protecteurs.
- Mesurer, pas estimer : « bruit modéré » ne satisfait à rien.
- Réduire à la source avant de protéger, et insonoriser dès la conception.
- La surdité professionnelle est indolore et irréversible.
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