Les addictions au travail se traitent sur un fil : l’employeur doit protéger la sécurité de tous, sans jamais sanctionner un état de santé. C’est la distinction qui tient tout le sujet, et celle qui fait perdre les contentieux quand on la manque.
On ne sanctionne pas une dépendance : on sanctionne un comportement fautif ou une mise en danger. Voici ce que le Code du travail autorise réellement, ce qu’un règlement intérieur peut prévoir, et la limite des tests.
L’essentiel en 30 secondes
- Seuls vin, bière, cidre et poiré sont autorisés sur le lieu de travail par défaut.
- Interdit de laisser entrer ou séjourner une personne en état d’ivresse.
- Toute restriction doit être proportionnée et figurer au règlement intérieur.
- Les tests sont possibles sous conditions strictes, avec contestation possible.
- On sanctionne un comportement, jamais une pathologie.
Addictions au travail : ce que dit le Code
Deux règles de base, souvent mal connues :
- Aucune boisson alcoolisée autre que le vin, la bière, le cidre et le poiré n’est autorisée sur le lieu de travail. Spiritueux et alcools forts sont donc interdits par principe, sans qu’aucun règlement intérieur ne soit nécessaire.
- Il est interdit de laisser entrer ou séjourner dans les lieux de travail des personnes en état d’ivresse. C’est une obligation qui pèse sur l’employeur, y compris pour un visiteur ou un intervenant extérieur.
Au-delà, l’employeur peut aller plus loin : lorsque la consommation est susceptible de porter atteinte à la sécurité et à la santé, il peut prévoir dans le règlement intérieur ou par note de service des mesures de limitation, voire d’interdiction totale, à condition qu’elles soient proportionnées au but recherché.

La proportionnalité, en pratique
Une interdiction totale de toute consommation dans toute l’entreprise, sans lien avec un risque identifié, est disproportionnée. Une interdiction sur les postes de conduite, de travail en hauteur ou sur machine ne l’est pas.
| Mesure | Généralement admise si… |
|---|---|
| Interdiction totale sur certains postes | Les postes sont identifiés dans le document unique comme à risque |
| Limitation des quantités lors des pots | La règle est écrite, connue et appliquée |
| Encadrement des pots d’entreprise | Boissons sans alcool disponibles, retours organisés |
| Contrôle d’alcoolémie | Prévu au règlement intérieur, limité aux postes à risque, contestable |
| Interdiction générale sans distinction | Rarement : à justifier par la nature même de l’activité |
Les tests : ce qui est possible et à quelles conditions
Le contrôle d’alcoolémie et le dépistage salivaire de stupéfiants sont admis, mais l’encadrement est strict. Quatre conditions cumulatives :
- Le règlement intérieur le prévoit, avec les modalités et les postes concernés.
- Les postes visés présentent un risque pour la personne, ses collègues ou des tiers : conduite, machines, hauteur, produits dangereux.
- Le salarié peut contester le résultat et demander une contre-expertise.
- La confidentialité est assurée : le résultat ne circule pas, et il ne rejoint aucun dossier accessible.
Un test pratiqué en dehors de ce cadre n’est pas opposable, et son usage à l’appui d’une sanction fragilise toute la procédure.
La ligne à ne pas franchir
C’est le point central de l’article, et il mérite d’être écrit sans détour : l’état de santé est un critère de discrimination prohibé. Une dépendance est une pathologie ; on ne licencie pas quelqu’un parce qu’il est dépendant.
Ce qui peut être sanctionné, en revanche :
- Un comportement fautif : se présenter en état d’ébriété sur un poste à risque, refuser un contrôle régulièrement prévu, introduire des produits interdits.
- Une mise en danger de soi ou d’autrui, qui relève aussi de l’obligation du salarié de prendre soin de sa sécurité et de celle des autres.
La bonne séquence : écarter du poste immédiatement si la sécurité l’exige, orienter vers le service de prévention et de santé au travail, puis apprécier la suite disciplinaire au regard du seul comportement. Jamais l’inverse.
Ce qu’un employeur peut faire de vraiment utile
- Identifier les postes à risque dans le document unique : c’est ce qui fonde toute restriction proportionnée.
- Écrire les règles dans le règlement intérieur, après consultation du CSE, et les faire connaître.
- Encadrer les pots plutôt que les interdire : quantités, boissons sans alcool, retours. Le pot de départ est un moment de responsabilité de l’employeur.
- Former l’encadrement à repérer, dire et orienter – pas à diagnostiquer. Voir former ses managers.
- Regarder ce qui, dans le travail, alimente les consommations : horaires décalés, charge, exigences émotionnelles, isolement. Ce sont des facteurs de risques psychosociaux, et ils s’évaluent.
Ce dernier point est le plus souvent absent des politiques d’entreprise, et c’est pourtant celui sur lequel l’employeur a le plus de prise.
Un cadre clair, proportionné, et qui tient
Postes à risque identifiés dans votre document unique, règles proportionnées, encadrement formé à repérer et orienter.
Questions fréquentes
L’alcool est-il interdit sur le lieu de travail ?
Pas totalement par défaut : seuls le vin, la bière, le cidre et le poiré sont autorisés, les autres boissons alcoolisées étant interdites. L’employeur peut aller plus loin par le règlement intérieur, à condition que la restriction soit proportionnée au risque.
Peut-on interdire totalement l’alcool ?
Sur les postes présentant un risque identifié, oui. Une interdiction générale et indifférenciée, sans lien avec un risque, est en revanche susceptible d’être jugée disproportionnée.
Peut-on pratiquer un contrôle d’alcoolémie ?
Oui, à quatre conditions cumulatives : le règlement intérieur le prévoit, les postes visés présentent un risque, le salarié peut contester le résultat, et la confidentialité est assurée.
Un test salivaire de stupéfiants est-il autorisé ?
Il est admis dans les mêmes conditions : prévu au règlement intérieur, limité aux postes à risque, avec possibilité de contre-expertise et confidentialité du résultat. Il ne constitue pas un examen de biologie médicale.
Peut-on licencier un salarié dépendant ?
Pas en raison de sa dépendance : l’état de santé est un critère de discrimination prohibé. Ce qui peut être sanctionné, c’est un comportement fautif ou une mise en danger, appréciés indépendamment de la pathologie.
Que faire face à un salarié visiblement sous emprise ?
L’écarter immédiatement du poste si la sécurité l’exige, organiser son retour dans des conditions sûres, et l’orienter vers le service de prévention et de santé au travail. La question disciplinaire s’apprécie ensuite, sur le seul comportement.
L’employeur est-il responsable lors d’un pot d’entreprise ?
Son obligation de sécurité s’applique. Encadrer les quantités, proposer des boissons sans alcool et organiser les retours relève clairement de ses moyens, et un accident après un pot mal encadré l’expose.
Les consommations relèvent-elles du DUERP ?
Les postes à risque et les facteurs de travail qui peuvent alimenter des consommations – horaires décalés, charge, exigences émotionnelles, isolement – s’évaluent comme les autres risques, par unité de travail.
Sources officielles
Cet article s’appuie sur les textes du Code du travail cités au fil de la page (articles R4228-20 et R4228-21 pour l’alcool sur le lieu de travail, L4121-1 et L4122-1 pour les obligations respectives, L1121-1 sur la proportionnalité des restrictions, L1132-1 sur les critères de discrimination, L1321-1 et suivants pour le règlement intérieur) et sur les ressources publiques ci-dessous. La réglementation évolue : vérifiez toujours l’information à jour.
- INRS – Pratiques addictives en milieu de travail
- INRS – Risques psychosociaux
- Ministère du Travail – Le document unique d’évaluation des risques
À retenir
- Seuls vin, bière, cidre et poiré sont autorisés par défaut.
- Toute restriction supplémentaire doit être proportionnée et écrite.
- Les tests supposent règlement intérieur, poste à risque, contestation et confidentialité.
- On sanctionne un comportement, jamais une pathologie.
- Regarder ce qui, dans le travail, alimente les consommations.
Fondateur d'Integraall, marque de Ça Des Boîtes - AURA, organisme de formation déclaré auprès de la DREETS Auvergne-Rhône-Alpes (NDA 84692686569). Il conduit lui-même les démarches DUERP, PAPRIPACT et QVCT auprès des entreprises accompagnées.
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