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DUERP bureaux : le secteur qui croit n’avoir aucun risque

Réduit à deux lignes, incendie et travail sur écran. C'est le document unique d'un secteur persuadé de n'avoir aucun risque, et c'est ce qui le rend indéfendable.

Par Johann Candelier Publié le 7 min de lecture

DUERP bureaux : salariés en open space devant leurs écrans

Le DUERP bureaux est le plus souvent réduit à deux lignes : incendie et travail sur écran. C’est le document unique d’un secteur persuadé de n’avoir aucun risque, et c’est précisément ce qui le rend indéfendable en cas de contrôle.

Le tertiaire a des risques. Ils sont simplement moins visibles que dans un atelier, et le premier d’entre eux ne laisse aucune trace au sol. Voici comment construire une évaluation qui tienne.

L’essentiel en 30 secondes

  • Le premier risque du tertiaire est psychosocial, et il manque presque toujours.
  • Le travail sur écran a ses propres obligations, dont une analyse des postes.
  • Le risque routier concerne aussi les commerciaux et les itinérants.
  • Les fonctions d’accueil et de relation client sont exposées aux incivilités.
  • Le télétravail est une unité de travail à part entière.

DUERP bureaux : découper autrement que par service

Découpage inutile Découpage exploitable
« Le personnel administratif » Saisie intensive / gestion de dossiers / relation client téléphonique
« Les commerciaux » Itinérants avec kilomètres réels / sédentaires
« Les bureaux » Open space / bureaux fermés / accueil / archives et locaux techniques
« Tout le monde » Sur site / en télétravail : deux expositions différentes

Le test : une personne en relation client téléphonique et une personne en gestion de dossiers ne subissent ni les mêmes exigences émotionnelles, ni la même charge, ni les mêmes interruptions. Les mettre dans la même unité efface tout ce qui compte.

DUERP bureaux : signalisation d'issue de secours dans un immeuble tertiaire
Incendie et écran ne suffisent pas à faire un document unique.

Le premier risque : les facteurs psychosociaux

Charge de travail, interruptions permanentes, priorités non arbitrées, faible latitude, exigences émotionnelles en relation client, insécurité en période de réorganisation. Ce sont les six familles de facteurs de risques psychosociaux, et leur absence du document unique est le manque le plus fréquent du tertiaire.

Ils s’évaluent comme les autres : par unité de travail, avec des mesures associées et des indicateurs de suivi. Voir baromètre QVCT et gestion du temps au travail.

Un document unique de bureau sans une ligne sur la charge de travail décrit un lieu où personne ne travaille.

Le travail sur écran, qui a ses propres règles

Le Code du travail consacre une section au travail sur équipement à écran de visualisation. Elle impose notamment :

  • une analyse des postes pour évaluer les conditions de santé et de sécurité, en particulier les risques pour la vue, les problèmes physiques et la charge mentale ;
  • une organisation de l’activité prévoyant des pauses ou des changements d’activité réduisant le temps passé devant l’écran ;
  • une information et une formation sur les modalités d’utilisation du poste ;
  • un examen approprié des yeux et de la vue par le service de prévention et de santé au travail.

Sur les réglages qui comptent – hauteur d’écran, appui des avant-bras, assise, éclairage – voir ergonomie au poste de travail. Et rappelez-vous que le poste le plus répandu, le portable seul sans support ni clavier séparé, est aussi le plus mauvais.

Les risques qu’on n’attend pas dans un bureau

Risque Où il se cache
Routier Commerciaux, techniciens itinérants, réunions inter-sites. Souvent le risque le plus grave de l’entreprise
Incivilités Accueil, guichet, relation client téléphonique, réclamations
Chutes de plain-pied Escaliers, câbles, sols glissants à l’entrée par temps de pluie
Manutention Archives, ramettes, déménagements internes, livraisons de fournitures
Travail isolé Ouverture, fermeture, week-end, télétravail
Ambiance Qualité de l’air, éclairage, température, bruit d’open space

Le premier de cette liste mérite une attention particulière : dans beaucoup d’entreprises tertiaires, la route est statistiquement le risque le plus grave, et il n’apparaît nulle part.

Le télétravail, unité de travail à part entière

L’obligation de sécurité ne s’arrête pas à la porte de l’entreprise, et un accident survenu au lieu de télétravail pendant l’activité est présumé être un accident du travail. À évaluer :

  • Les contraintes posturales du poste à domicile, et ce que vous fournissez.
  • L’isolement et la difficulté d’alerte.
  • L’amplitude et la charge, sans les bords de la journée de bureau.

Ces points relèvent en outre d’un cadre propre au télétravail : accord collectif ou charte, entretien annuel sur les conditions d’activité et la charge, et information sur les restrictions d’usage des outils numériques.

Les erreurs qui reviennent

  • Un document unique qui ne contient que incendie et écran.
  • Aucune ligne sur les risques psychosociaux, qui sont pourtant les premiers du secteur.
  • Le risque routier absent, alors que des commerciaux roulent 30 000 km par an.
  • Les incivilités à l’accueil jamais recensées.
  • Aucune mise à jour après un déménagement ou une réorganisation, qui sont pourtant des changements notables. Voir quand mettre à jour son DUERP.

Un document unique qui décrit un endroit où l’on travaille

Unités de travail construites sur les expositions réelles, facteurs psychosociaux inclus, télétravail et déplacements couverts, plan d’actions daté.

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Questions fréquentes

Une entreprise de bureaux doit-elle avoir un DUERP ?

Oui, dès le premier salarié, comme tout employeur. L’absence apparente de risque n’est pas une dispense : c’est même l’un des motifs de contrôle les plus faciles à caractériser.

Quel est le premier risque du tertiaire ?

Les facteurs psychosociaux : charge, interruptions, priorités non arbitrées, exigences émotionnelles en relation client. Ils s’évaluent par unité de travail au même titre que les autres risques.

Le travail sur écran a-t-il des obligations spécifiques ?

Oui. Le Code impose une analyse des postes portant notamment sur les risques pour la vue, les problèmes physiques et la charge mentale, une organisation prévoyant des pauses ou changements d’activité, une information et formation, et un examen approprié des yeux et de la vue.

Faut-il une unité de travail pour le télétravail ?

Oui, ou au minimum une entrée dédiée. L’obligation de sécurité s’applique au travail à distance, et un accident survenu au lieu de télétravail pendant l’activité est présumé être un accident du travail.

Le risque routier concerne-t-il les bureaux ?

Pleinement, dès qu’il y a des itinérants ou des déplacements inter-sites. C’est même souvent le risque le plus grave de l’entreprise, et celui qui figure le moins dans le document.

Les incivilités à l’accueil doivent-elles y figurer ?

Oui. Les agressions verbales et les situations de tension avec le public sont des risques professionnels : elles s’évaluent, et elles appellent des mesures d’organisation, d’aménagement et d’accompagnement après incident.

Un déménagement impose-t-il une mise à jour ?

Oui, c’est un changement notable : nouveaux locaux, nouvelles circulations, nouvelles issues, nouvelle organisation des espaces. La mise à jour s’impose au-delà de l’échéance annuelle.

Que faut-il consigner sur l’ambiance de travail ?

Qualité de l’air et renouvellement, éclairage, ambiance thermique et bruit d’open space. Ce sont des éléments mesurables, et ils reviennent systématiquement dans les plaintes de fin de journée.

Sources officielles

Cet article s’appuie sur les textes du Code du travail cités au fil de la page (articles L4121-1 à L4121-3, R4121-1 et R4121-2, R4542-1 et suivants pour le travail sur écran, R4222-1 et suivants pour l’aération, L1222-9 pour le télétravail) et sur les ressources publiques ci-dessous. La réglementation évolue : vérifiez toujours l’information à jour.

À retenir

  • Le premier risque est psychosocial, et il manque presque toujours.
  • Le travail sur écran impose une analyse des postes, pas une ligne.
  • La route est souvent le risque le plus grave d’une entreprise tertiaire.
  • Le télétravail est une unité de travail à part entière.
  • Un déménagement est un changement notable : mise à jour immédiate.
Johann Candelier

Fondateur d'Integraall, marque de Ça Des Boîtes - AURA, organisme de formation déclaré auprès de la DREETS Auvergne-Rhône-Alpes (NDA 84692686569). Il conduit lui-même les démarches DUERP, PAPRIPACT et QVCT auprès des entreprises accompagnées.

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